Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Névroses, 1883· Les refuges

Ballade du vieux baudet

Maurice Rollinat· ballade grande ballade, alexandrins, 35 vers

À Madame Jenny Vialon.

En automne, à cette heure‖ où le soir triomphantInonde à flots muets‖ la campagne amaigrie,Rien ne m'amusait plus,‖ lorsque j'étais enfant,Que d'aller chercher l'âne‖ au fond d'une prairieEt de le ramener‖ jusqu'à son écurie.En vain le vieux baudet‖ sentait ses dents jaunir,Ses sabots s'écailler,‖ sa peau se racornir :À ma vue il songeait‖ aux galops de la veille,Et parmi les chardons‖ commençant à brunirIl se mettait à braire‖ et redressait l'oreille.

Alors je l'enfourchais‖ et ma blouse en bouffantClaquait comme un drapeau‖ dans la bise en furieQui, par les chemins creux,‖ tantôt m'ébouriffant,Tantôt me suffoquant‖ sous la nue assombrie,Déchaînait contre moi‖ toute sa soufflerie.Quel train ! Parfois ayant‖ grand' peine à me tenir,J'aurais voulu descendre‖ ou pouvoir aplanirSes reins coupants et d'une‖ âpreté sans pareille ;Mais lui, fier d'un jarret‖ qui semblait rajeunir,Il se mettait à braire‖ et redressait l'oreille.

Nous allions ventre à terre,‖ et l'églantier griffant,Les ajoncs, les genêts,‖ la hutte rabougrie,Les mètres de cailloux,‖ le chêne qui se fend,La ruine, le roc,‖ la barrière pourriePassaient et s'enfuyaient‖ comme une songerie.Et puis nous approchions :‖ plus qu'un trot à fournir !Dans l'ombre où tout venait‖ se confondre et s'unir,L'âne flairait l'étable‖ avec son mur à treille,Et sachant que sa course‖ allait bientôt finir,Il se mettait à braire‖ et redressait l'oreille.

Du fond de ma tristesse‖ entends-moi te bénir,Ô mon passé ! — Je t'aime,‖ et tout mon souvenirRevoit le vieux baudet‖ dans la brume vermeille,Tel qu'autrefois, lorsqu'en‖ me regardant venirIl se mettait à braire‖ et redressait l'oreille.

Versification

Forme
Ballade grande ballade (ballade)
Rimes
3(ababbccdcd) ccdcd
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a triomphant / enfant masculine, classiqueb amaigrie / prairie / écurie féminine, classiquec jaunir / racornir / brunir masculine, classiqued veille / l'oreille féminine, classiquea bouffant / m'ébouriffant masculine, classiqueb furie / assombrie / soufflerie féminine, classiquec tenir / aplanir / rajeunir masculine, classiqued pareille / l'oreille féminine, classiquea griffant / fend masculine, classiqueb rabougrie / pourrie / songerie féminine, classiquec fournir / s'unir masculine, classiqued treille / l'oreille féminine, classiquee finir / bénir masculine, classiqueb souvenir / venir masculine, classiquec vermeille / l'oreille féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

35 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources