Paysages et Paysans, 1899
Évocations
Je vis un gros corbeau, déployant son orgueil,Qui jouait de la griffe et claquetait des ailesÀ terre, avec un bruit de lugubres crécelles.Et je me dis : « C’est le grand deuil ! »
Un peu plus loin, je vis, m’épiant d’un coup d’œil,Une pie occupée à s’aiguiser le bec,Puis, allant et venant, d’un sautillement sec.Je me dis : « C’est le demi-deuil ! »
Enfin, d’une couleur plus pâle que les cierges,Surgit, me sembla-t-il, le prince des hiboux.Et je dis : « Ce deuil-là, le plus triste de tous,C’est le deuil pur et blanc des Vierges ! »
Ces trois rencontres successives,M’arrivant par un soir d’hiver,Laissaient en cet endroit désertMa vue et mon âme pensives,
Lorsqu’à petits vols grelottants,M’apparut un pinson cherchant sa nourriture :Et, joyeux, je songeai que, bientôt, le printempsRessusciterait la nature.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources