Paysages et Paysans, 1899
Le Centenaire
Près du laboureur poitrinaire,Devant sa porte, au jour tombant,Est venu s’asseoir sur son bancLe patriarche centenaire.
Et, comme le gars se désole,Dit qu’on va bientôt l’enterrer,L’ancêtre, pour le rassurer,Lui répond : « T’es jeun’, ça m’ console.
Ton temps est pas v’nu d’ dire adieuÀ tout’ les bell’ choses d’la vie.L’ soleil, l’air, te r’mettront ; j’ me fieÀ ces grands méd’cins du bon Dieu.
L’hiver, l’arbre est en maladie,I’ n’a plus d’oiseaux ni d’ couleurs,Mais, i’ r’prend ses musiq’, ses fleurs :C’ n’est que d’ la nature engourdie.
Et puis, pour les tiens, d’ si brav’ gens,Qui sont pas avancés d’argent,Faut q’ tu viv’ ! t’ es utile encor.
Tandis q’ moi, tant d’âg’ me suffit.Maint’nant, plus à charg’ qu’à profit,J’ suis assez vieux pour faire un mort ! »
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources