Paysages et Paysans, 1899
L’Indigné
Sur la place, entouré des gros bonnets du bourg,Écoutant l’œil figé, bras pendants, bouche ouverte,Un gars qu’un bégaiement, par instants, déconcerte,Lit tout haut le journal du jour.
Il s’agit d’un ménage ayant tué son fieu,D’affreux parents maudits de la nature,Lents assassins, brûleurs à petit feu,Ayant sur leur enfant détaillé la torture.
La lecture finie, il passe en l’assistanceComme un sourd grincement de haine… et, résumantL’indigné coléreux du commun sentiment,Le grand charron noueux dit d’un ton de sentence :
« J’ suis pas méchant ! pourtant, j’ sais pas d’ quoi j’ s’rais capableCont’ ces gens-là ! je m’ charge d’eux !Qu’on m’ les amèn’ là tous les deux !
J’ les us’rai sur ma meule en c’mençant par les pieds !Et leurs crim’ ne s’ront pas expiés,Tant l’ bourreau d’un enfant reste à jamais coupable !
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources