Paysages et Paysans, 1899
Le Soufflet
« C’est la solitude infinieIci chez vous, père Grelet !Pas même un chat pour compagnie ? »— « Ma foi non ! mais, j’ai mon soufflet.
Il a des bras comme un’ charrueEt des pectoraux comme un bœuf.J’ l’ai vu toujours, i’ n’est pas neuf.Hein ? quell’ taille et quell’ min’ bourrue !
Dam ! c’est pas mignon comm’ les vôtres.Son fer, ses clous, son cuir, son bois,Ayant vieilli tous à la foisSont aussi noirs les uns q’ les autres.
Si l’ennui m’ prend trop dans mon coinJ’ souffle avec, sans q’ ça soit-d’ besoin.Du bout, dans les charbons j’ tisonne.
Et quand j’ m’en sers plus, qu’i’ s’ tient coi,J’aime à l’avoir couché sur moi.Mon soufflet m’ tient lieu d’un’ personne !
À son vieux clou c’est lui qui m’ garde.Ent’ mes ch’nets, j’ m’assoupis un peu…J’ m’éveille… et j’ vois au clair du feu :Sa grand’ forme en cœur qui me r’garde !
L’ tenant l’ dernier d’la maisonnéeJ’ crois frôler les mains et les g’nouxD’ tous les chers en allés d’ cheux nousQui l’ fir’ marcher d’vant c’te chʼminée ! »
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources