Paysages et Paysans, 1899
La Débâcle
L’orfraie a rendu son oracle.Venu vite, le soir se bâcle ;L’écluse émet d’horribles sons,Puis, avec d’immenses frissons,Partout craque… C’est la débâcle !
Et l’on voit l’effrayant miracleD’un vitreux peuple de glaçonsDebout, haut comme des maisons,Dépassant les rochers qu’il racle.
Magnifique et hideux spectacle !L’énorme glacier vagabondRoule les murs d’un habitacle,Emporte les pierres d’un pont.Le vent qui s’acharne répondAux banquises couchant l’obstacle.
D’aspects et de bruits plus funèbres ?Jamais personne n’en rêva !Fantomal, blanc, cela s’en va…En clapotant, l’onde, à pleins bords,Semble ramper dans les ténèbresSous des multitudes de morts.
21 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources