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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Paysages et Paysans, 1899

La Femme stérile

Maurice Rollinat· 54 vers

Ses jupons troussés court comme sa devantière,Sous ses gros bas bleus bien tirésLaissant voir ses mollets cambrésÀ mi-chemin des jarretières,S’en vient près du vieux cantonnierLa femme rousse du meunier :Cheveux frisés sur des yeux mièvres,Blanche de peau, rouge de lèvres,Le corsage si bien rempliQu’il bombe aux deux endroits, sans pli,Cotillon clair moulant énormesLe callipyge de ses formes.Voilà ce qu’elle dit alors au père PierreEn train de casser de la pierre :

« Voyez ! si l’on n’a pas d’malheur,Et si n’faut pas que l’diab’ s’en mêle !J’suis pourtant un’ solid’ femelle,En plein’ force et dans tout’ sa fleur,

Eh ben ! yaura six ans à PâquesQue j’somm’ mariés, et q’tels qu’avant,Nous pouvons pas avoir d’enfant !Ça s’ra pour c’te fois, disait Jacques,

Mais toujou sans p’tit l’temps passa…Et qu’on en voudrait tant un ! Dame !C’est pas d’not’ faut’ ! l’homme et la femmeOn fait ben tout c’qui faut pour ça.

J’ai fait dir’ des mess’ de pèl’rins,Brûler des cierg’ aux saints, aux saintes,Dans des églis’ en souterrains,Mais ouah ! j’suis pas d’venue enceinte.

Les prièr’ ? les r’mèd’ de tout’ sorte ?Méd’cins ? Curés ? n’m’ont servi d’rin.J’suis tell’ comme un mauvais terrainQu’on ens’menc’ ben sans qu’i’ rapporte.

Et vrai ! C’est pourtant pas qu’on triche !Mais, des fois, vous q’êt’s’ un ancien.Si vous connaissiez un moyen ?Faut me l’donner ! mon pèr’ Pierriche. »

Alors, le vieux lâchant sa masse,À genoux sur son tas, voûté,Lui répond avec la grimaceDu satyre qu’il est resté,

La couvant de son œil vert brunQui lèche, tâte, enlace, vrille :« Sais-tu c’que t’as à fair’, ma fille ?Eh ben ! faut aller à l’emprunt. »

Et la meunière aux yeux follets,Qui sait ce que parler veut dire,S’écrie en éclatant de rire :« Vous seriez l’prêteur, si j’voulais.

Hein ? fiez-vous donc à c’bon apôtre !Mais j’veux pas d’vous, vieux scélérat ! »Et lui : « T’as ma r’cett’ qui pourraP’t’êt’ ben t’servir avec un autre. »

54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources