Paysages et Paysans, 1899
La Meunière
La meunière, une forte et rougeaude jeunesse,Chantait dans sa charrette en piquant son bardeau ;Tout à coup, l’animal quittant son pas lourdaud,Partit brusque ! il venait de sentir une ânesse.
Celle-ci, l’ayant vu du fond du brouillard pâle,D’un long cri de désir hélait le bourriquotLequel hâtait sa course en ébranlant l’échoD’un grand hi-han tout plein de sa vigueur de mâle.
Jointe, ce fut l’éclair ! Entre ses pieds roidisIl lui serra les flancs et l’eut toute ! Et, tandisQu’allaient se consommant ces amours bucoliques,
Renversée en arrière, avec un œil fripon,La meunière, à deux mains rabattant son jupon,Riait, jambes en l’air sur les limons obliques.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources