Paysages et Paysans, 1899
Le Fossoyeur
Le fossoyeur-bedeauSe fait toujours attendre…Les porteurs vont reprendreLeur funèbre fardeau.
En soufflant ses grands ciergesL’officiant se dit :« Mon sacristain mauditCourt encor les auberges ! »
Enfin, on s’achemineAu cimetière, et làRiant tout fort, voilàChacun changeant sa mine.
Car, une voix sereine,Avec l’accent gouailleur,Celle du fossoyeur,Monte et dit, souterraine :
« C’te nuit, un coup d’boissonM’a fait perd’ la raison ;Comm’ j’étais dans la placeJ’ai réchauffé la glace.
Vos libera, quoiq’ saoul,J’les entends ben d’mon trou :Que l’bon Dieu les exauce !
Pauv’ mort ! t’attends ta fosse ?Tu l’auras ! laisse avantS’désenterrer l’vivant ! »
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources