Paysages et Paysans, 1899
Le vieux Fumeur
— « Alors, vous avez confianceDans les effets du tabac ? — Oui ! »Dit le vieil homme épanoui,Tout goguenard d’insouciance.— « Ah ! ça fait si bonne allianceChasse et tabac ! ça m’a produitDe tuer mon lièvre aujourd’hui.Croyez-en mon expérience :Tâcher d’acquérir l’oublianceDu méchant regret qui vous cuit :Jamais ne donner audienceQu’au sentiment qui vous séduit ;Toujours rester sourd à celuiGrognant tristesse ou malveillance ;Amuser partout jour et nuitDu mieux qu’on peut le temps qui fuit :C’est la véritable science.Au tabac pour ça j’ai croyance !…Un souci grave me poursuit ?…J’en fume une… Insignifiance !Pas trop n’en faut de clairvoyance :La pensée use et vous conduitÀ l’envie, à la méfiance.Ma bouffarde est un bon étuiOù je visse ma conscience.On dit que le tabac me nuit…Eh ! que m’importe ? si, par lui,J’aspire un peu de patienceEt rejette beaucoup d’ennuiJusqu’à la mort qui nous enfouitDans l’éternelle sommeillance ! »— Ainsi parla le père LouisFixant sur les miens éblouisSes deux yeux flambants bleu faïence.
34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources