Paysages et Paysans, 1899
Les Apaiseurs
Le silence et la solitude,Les ténèbres et le secretSont les apaiseurs du regret,Du doute et de l’inquiétude.À creuser le songe on n’extraitQue l’ironique incertitude.Le monde, un moment, vous distraitAvec sa folle multitude,Mais, lorsqu’on en a fait l’étude,On en retrouve le portraitDans sa propre vicissitude.Au contraire, univers discret,Sans mensonge, sans turpitude,La nature a tant d’intérêt,De grâce, de sollicitudeDans ses détails, son amplitude,Que l’on s’oublie à son attrait.La tristesse, au creux d’un guéret,Devient de la bonne hébétude,Et le vol d’un chardonneretVous remplit de mansuétude.On vieillit comme une forêtSans guetter sa décrépitude,Et l’on trouve son mal moins rude,Très douce, la mort apparaît,Quand, par volontaire habitude,On cherche l’ombre et le secret,Le silence et la solitude.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources