Paysages et Paysans, 1899
Pitié des pâquerettes
Les marguerites de la haieEntourent, pleines de pitié,L’aspic que tronçonne à moitiéUne sanglante et large plaie.
Toutes, par ce soleil brûlant,Ont voulu lui venir en aideEt lui procurer le remèdeDe leur petit ombrage blanc.
Contre la mouche qui voltige,Chacune cherche à l’abriter,Tâchant de le réconforterPar la caresse de sa tige ;
On dirait qu’au pied du talus,Malgré l’herbe qui les accroche,L’une de l’autre se rapprochePour le cacher encore plus.
Une espèce de frisson tendreAgite leur groupe inquietDevant l’aspic, râlant muet,À qui la mort se fait attendre.
Comme pour les remercierIl lève un peu sa tête plate,Se crispe un instant, se dilate,Et cesse de se tortiller.
Il va devenir la pâtureDes nécrophores du coteauEt les pâquerettes bientôt,Sécheront sur sa pourriture.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources