Les Musardises, 1893· I La chambre d’étudiant
XIV. La première
Or, c'est Dieu qui fit la première,Qui façonna son corps si cherLui-même, dans de la lumière,Et pétrit son exquise chair.
Il mit sur sa peau de l'auroreEt du soir d'été dans ses yeux,Puis il tissa pour elle encoreLe soleil en rayons soyeux.
De ses adroites mains divinesLe bon Dieu sculptait, il dorait.Et déjà le souffle odoraitEntre les lèvres purpurines.
Déjà l'œil charmant s'entr'ouvraitComme s'entr'ouvre une pervenche ;Et du talon fin à la hancheLa ligne onduleuse courait.
Pâle aux musiques de l'orchestreQu'apportaient les vents attiédis,Émerveillant le paradisQui n'était alors que terrestre,
Ève s'épanouit, semblantSous les branches, nue et pudique,Un tel chef-d'œuvre doux et blancQue le lys murmura : « J'abdique ! »
Dieu, riant dans sa barbe, dit :« Tu feras le bonheur de l'homme. »Or, c'est elle qui le perditEn lui faisant croquer la pomme.
A qui serait-il donc prudentD'offrir le cœur et la chaumière ?La première perdit Adam :Et c'est Dieu qui fit la première !
Versification
- Forme
- 8 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 5(abab) 3(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 8 quatrains
- Mots à la rime
- a première / lumière féminine, classiqueb cher / chair masculine, classiquea l'aurore / encore féminine, classiqueb yeux / soyeux masculine, classiquea divines / purpurines féminine, classiqueb dorait / odorait masculine, classiquea s'entr'ouvrait / courait masculine, classiqueb pervenche / hanche féminine, classiquea l'orchestre / terrestre féminine, classiqueb attiédis / paradis masculine, classiquea semblant / blanc masculine, classiqueb pudique / J'abdique féminine, classiquea dit / perdit masculine, classiqueb l'homme / pomme féminine, classiquea prudent / Adam masculine, non classiqueb chaumière / première féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Musardises, E. Fasquelle (Paris), 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources