Les Musardises, 1893· III La maison des Pyrénées
XX. Le contrebandier
Ayant longtemps suivi‖ le sentier de montagne,Distrait, j'avais gagné‖ la frontière d'Espagne,Et j'avais pris, au bout du pont,La place où bien souvent,‖ près du troupeau qui broute,J'écoute ce que dit‖ le douanier, et j'écouteCe que le muletier répond.
Toujours la même scène‖ ingénument éclate :Le petit gabelou‖ galonné d'écarlate,Avec un sourire, entendu,Écoute le récit‖ que l'autre lui rabâche,Puis va vers la charrette,‖ et, sous un cuir de bâche.Trouve le flacon défendu.
Ce jour-là, c'était l'heure‖ où s'enflamment les vitres.Le grillon, dont l'amour‖ fait chanter les élytres,Avec le grillon alternaitComme un berger d'églogue‖ avec un autre alterne.Déjà le voiturier‖ allumait sa lanterne.Tout le soir sentait le genêt.
Parfois, de ces garçons‖ passaient qui, sans rien dire,Glabres, la cigarette‖ au coin de leur sourire,Vont à pas souples et prudents ;De ces filles riaient,‖ si brunes, sous les branches,Que, dans l'ombre, on ne peut‖ voir que deux choses blanches :Leurs espadrilles et leurs dents.
Et j'aperçus venir‖ un vieillard maigre et brusque,Un de ces paysans‖ dont le regard s'embusqueSous un béret qui se rabat.Feignant de ramasser‖ des pompons de platane,Il trottinait, courbé,‖ derrière un petit âneQui portait un sac sur son bât.
L'âne disparaissait‖ sous le grand sac champêtre.— Au moment où le vieux‖ allait passer peut-être,Inoffensif et toussotant,Le douanier n'ayant eu‖ vers lui qu'un regard vague,L'âne fit un écart.‖ Et soudain une dagueTomba sur le sol en tintant.
Une très vieille dague‖ espagnole. — Et puis, commeL'âne faisait, malgré‖ les efforts du pauvre homme,Des bonds de poulain andalou,On vit un ancien casque‖ en forme d'astrolabeEt deux longs éperons‖ de style presque arabeTomber aux pieds du gabelou.
Et comme l'âne, ému‖ par ces nouveaux vacarmes,Ruait, — chaque ruade‖ éparpilla des armes !Et, tout le sac s'ouvrant dans l'air,Ce fut, pendant qu'au bruit‖ accouraient des marmailles,Un envol de rivets,‖ de tassettes, de mailles,Un feu d'artifice de fer !
Quoi ! c'étaient, dans ce sac,‖ sous une avoine fourbe,Des armes que cachait‖ ce vieillard qui se courbeEt craintivement s'amoindrit ?Prépare-t-on la guerre‖ au fond de la vallée ?Ou bien veut-on passer‖ une armure voléeÀ l'Armeria de Madrid ?
Quelle armure est-ce là‖ qui tombe et se bosselle ?La courroie a souvent‖ fait place à la ficelle,Les boucles n'ont plus d'ardillons.Quelle est cette rapière ?‖… Oh ! comme elle est usée !La coquille brimballe‖ autour de la fusée !La garde est veuve de quillons !
Une jambe de fer‖ dont le genou se rouilleEn rencontrant le roc‖ un instant s'agenouille ;Et, de ce fantastique sac,On croit voir, sur le sol‖ rose de crépuscule,Tomber un chevalier‖ qui se désarticuleAvec un bruit de bric-à-brac !
La rondache, roulant‖ comme un cerceau superbe,S'échappe. Un gantelet‖ crispe ses doigts sur l'herbeOù le rejoint un vieux houseau.L'âne bondit toujours.‖ Et cependant, à terre,Une cuirasse a l'air‖ d'un grand coléoptèreVidé par le bec d'un oiseau.
Enfin, de ce ballot‖ que chaque bond déballeJaillit un cuivre étrange,‖ une vieille cymbale,Une sorte d'astre échancré,On ne sait quel plateau‖ de balance fantasque,Luisant, plat comme un plat,‖ martelé comme un casque,Fourbi comme un vase sacré !
Et quand tout eut roulé‖ devant lui, de l'air digneQu'on prend quand on observe‖ à regret la consigne,Le douanier recula d'un pas.Puis — que pouvaient avoir‖ de terrible ces armesQu'un vieillard ramassait‖ en les couvrant de larmes ? —Puis il dit : « Ça ne passe pas ! »
Chacun aida lé vieux.‖ Une fille d'aubergeRamassa la rondache,‖ un enfant la flamberge ;Et, lorsque tout fut ramassé,Le vieux, s'étant laissé‖ sur les bras tout remettre,Car l'âne en bondissant‖ avait fui loin du maître,S'éloigna, pesant et cassé.
Et le douanier s'en fut‖ boire avec une filleL'anisette espagnole‖ où trempe une brindilleQu'entoure du sucre candi.Moi, je suivis le vieux.‖ — Il allait, le dos triste.Bientôt, il se crut seul‖ sous le ciel d'améthyste.— Et je vis qu'il avait grandi.
Oui, l'homme, maintenant,‖ haussant sa silhouette,Droit, — comme s'il savait‖ aussi bien qu'un poèteQue, lorsqu'on se retrouve seul,Il n'est pas de fierté‖ que l'on ne récupère, —N'avait plus l'air‖ d'un paysan et d'un grand-père,Mais d'un seigneur et d'un aïeul.
Le vent du sud soufflait‖ sa brûlante caresse.Et je suivais ce vieux‖ en murmurant : « Serait-ce ?… »Et, tout d'un coup, je dis : « Mais c'est !… »Et me mis à courir‖ à travers la campagne,Pâle de voir que, plus‖ il entrait en Espagne,Plus le vieil homme grandissait.
Il jeta son béret,‖ hocha sa tête grise ;Puis, comme s'il avait‖ entendu dans la briseLe nom que je n'avais pas dit,Il posa sur le sol‖ ses armes en silence,Se coiffa fièrement‖ du plateau de balance,Et, se retournant, m'attendit.
Nous étions seuls, tous deux,‖ au milieu d'une lande.Basse sur l'horizon,‖ la lune était si grandeQue tout prenait un air sorcier.Et le vieux, dépouillant‖ sa cape paysanne,M'apparut, sec, vêtu‖ d'une stricte basane,Et jambe comme un échassier.
Alors, je reconnus‖ sa pauvre soubreveste,La beauté de son front,‖ la largeur de son geste,Et la jeunesse de ses yeux.Et je crus que j'allais‖ trouver des mots sans nombre :Mais, tremblant, je ne pus‖ que m'incliner dans l'ombreEn disant le nom de ce vieux !
A son nom, il grandit‖ encor, mit sur sa lèvreUn long doigt sarmenteux‖ qui grelottait de fièvre,Sourit un peu de mon émoi,Puis, avec le plus noble‖ et touchant savoir-vivre,Il ôta gravement‖ sa cymbale de cuivre,Et me dit : « Eh bien ! oui, c'est moi. »
Je vis sa tête, avec‖ l'auréole immortelleQue lui font, en tournant‖ sans cesse derrière elle,Les ailes des moulins à vent !Mais : « Seigneur bachelier…‖ », prononça-t-il, tandis que,Très digne, il remettait‖ sur sa tête le disque,« Pardonnez à votre Servant
« Si la profession‖ qu'il exerce l'obligeA demeurer coiffé‖ d'un armet. Armet, dis-je,Car je doute qu'un bachelier— Le fût-il de Paris,‖ qui vaut bien Salamanque ! —Prenne un armet auquel‖ la mentonnière manquePour l'obscur bassin d'un barbier ! »
Il se tut un instant.‖ Puis, parlant par saccades,En ce langage où la‖ sierra mit ses cascadesEt l'Alhambra ses rossignols :« Seigneur !… » et je renonce‖ à traduire le flegme,La morgue qui redonde,‖ et le ton d'apophtegme,Et les jeux de mots espagnols ;
« Seigneur ! mon œil vous scrute‖ au moment qu'il vous toise :Vous n'êtes pas bien grand,‖ mais votre âme courtoiseEst de celles que nous aimons.Eh bien ?… pré tendra-t-on‖ encor que j'exagèreQuand je dis que je suis‖ Chevalier Errant ? — J'erreDepuis soixante ans dans ces monts.
« Je les ai parcourus‖ de la Rhune à Vénasque,Des pays catalans‖ jusqu'à ce pays basqueDont les pommiers sont pleins de gui.Là, j'ai des Douze Pairs‖ vu les douze ombres tristes,Et j'ai causé, du temps‖ des batailles carlistes,Avec Zumalacarrégui.
« Fredonnant le vieil air‖ des Rois de Pampelune,Buvant le lait de chèvre‖ et le rayon de luneAu creux de l'âme et de la main,Dormant contre la meule‖ où l'on plante une perche,J'erre, j'erre, Seigneur,‖ dans ces monts où je chercheUn passage, un col, un chemin !
« Je voudrais les franchir.‖ Car la brise m'apporteJe ne sais quelle odeur‖ de conscience morteQue n'aimerait pas Amadis.Moi qui ne vieillis pas,‖ je sens vieillir l'Europe.Je devine combien‖ s'épaissit et siropeLe sang latin, si clair jadis !
« Oui, ce morne géant‖ qu'il faut tuer, ce terneCaraculiambro‖ de l'époque moderne,L'Égoïsme, père d'Ennui,Fait régner sur le monde‖ une nuit si grognonneQue les coiffes de la‖ duègne QuintagnoneSont moins noires que cette nuit !
« Je veux franchir ces monts.‖ Je veux, puisqu'il m'oublie.Aller remettre un peu‖ le siècle à la folie !Il a besoin de me revoirEt de reboire une eau‖ qu'il n'a plus guère bue.Ma lance doit piquer‖ l'humanité fourbuePour la pousser à l'abreuvoir !
« Et quant aux vils ruisseaux‖ où l'on se désaltère,Je dois, dans leur eau grise‖ où roule tant de terreQu'ils ne sont jamais lumineux,Je dois, dans leur eau fade‖ où s'affaiblit la race,Aller jeter un clou‖ de ma vieille cuirassePour les rendre ferrugineux !
« En vérité, Seigneur‖ bachelier de mon âme,Je ne suis pas content‖ d'une Europe qui blâmeLes héroïsmes superflus.Il est temps que j'y entre,‖ et c'est à quoi je pense.Mais on n'y peut entrer‖ qu'en passant par la France,Et la France ne m'aime plus !
« Je ne dis pas cela‖ parce qu'elle me raille.Jadis, elle raillait‖ tendrement ma ferraille.Elle s'en méfie aujourd'hui.Des gens, pour nous brouiller,‖ veulent lui faire croireQu'un redresseur de torts‖ n'est qu'un chercheur de gloireDont le geste au gouffre conduit.
« Ah ! je voudrais sortir‖ d'Espagne, où je me ronge,Pour m'en aller rapprendre‖ au vieux monde le songe,L'oubli de soi, l'amour féal,Et la façon dont on‖ se fait des Dulcinées !Mais, hélas ! il y a‖ toujours des PyrénéesPour les colporteurs d'idéal !
« Dès qu'elle me verrait‖ j'aurais la France entière.Et comme on le sait bien,‖ on veille à la frontière ;Et toujours, quand je veux sortir,Quand, déguisé, baissant‖ le front, je me dépêche,La grande armure me‖ trahit, que rien n'empêcheDe briller ou de retentir !
« C'est en vain qu'enlevant‖ ma chère carapaceJe la mets dans un sac,‖ parfois, pour qu'elle passe,Ou sous des branches de genêt :De maudits enchanteurs‖ habitant des guéritesSavent percer de l'œil‖ les formes hypocrites,Et toujours on la reconnaît !
« Je sais, vous me direz‖ qu'on croit que je trafique.Que j'exporte une armure‖ ancienne et magnifiqueSans la déclarer !… C'est ainsiQue toujours, quand le Sort‖ injuste me querelle,On veut me l'expliquer‖ de façon naturelle.Mais je ne suis pas fou. Merci !
« Que n'ai-je, pour franchir‖ la douane et sa baraque,Le zèbre sur lequel‖ chevauchait Muzaraque !J'aurais vite joué le tour.Mais je n'ai qu'un ânon.‖ Car Votre Grâce ignore… »Il s'arrêta. Sa voix‖ soudain fut moins sonore.« …Que Rossinante est mort, un jour !
« Un jour, on me l'a pris.‖ On m'a fait cette peine.Et savez-vous la fin‖ que réservait leur haineA la monture d'un héros ?Elle qu'à voir la mort‖ j'avais habituée,Elle est morte les yeux‖ bandés ! — On l'a tuéeDans une course de taureaux ! »
Une larme coula‖ sur la Triste Figure.« Voilà pourquoi, Seigneur‖ bachelier, j'inaugureUne chevalerie à pied,Mais qui rendrait jaloux‖ Palmerin d'Angleterre ;Et Roland reviendrait‖ qu'il mettrait pied à terre,Vive Dieu ! pour me copier !
« Jusqu'à ce que je puisse‖ à travers ces montagnesPasser pour aller faire‖ en France des campagnes,Je jure de ne plus m'asseoir.Je n'ai plus d'autre but,‖ d'ailleurs. Car Votre GrâceNe sait pas… » Et sa Voix‖ soudain devint plus basse.« … Que Dulcinée est morte, un soir.
« Depuis qu'en son cercueil‖ j'ai disposé sa robe,Mon existence à moi‖ ne vaut plus une arrobeDe raisin sec de Malaga !Mais il faut qu'un talon‖ écraseur de couleuvreSonne aux chemins du monde.‖ Il faut accomplir l'œuvrePour laquelle on vous délégua.
« Je dois rapprendre aux gens‖ des choses en grand nombre !Car vous ne savez pas…‖ » Sa voix devint plus sombre.« …Que Sancho vit encore. Il vit !Celui-là ne meurt pas.‖ Et même il monte en grade.J'eus tort d'aimer jadis‖ comme un bon camaradeLe gros homme qui me servit !
« On l'a laissé passer,‖ lui qui n'avait pas d'armes !Tandis que contre moi‖ la peur met ses gendarmesQu'elle voudrait qu'on centuplât !Et partout, à présent,‖ le Pança sur le mondeA si soigneusement‖ roulé sa panse rondeQu'à présent, partout, tout est plat !
« Sancho règne ! Il raconte‖ en farce mon histoire.On l'acclame quand il‖ crache dans l'écritoireDe Gid-Hamed-Ben-Engeli.Sur ses genoux cagneux‖ la Beauté se dégrafe.Il promulgue sa loi,‖ qui n'a qu'un paragraphe :« L'enthousiasme est aboli ! »
« On ne reconnaît plus‖ le drôle. Il a du linge.Les ciseaux ont passé‖ dans sa barbe de singe.Il se lave. On le décrassa.Il soupe avec des rois‖ chez les femmes superbes.Il fait des mots au lieu‖ de dire des proverbes.Mais c'est toujours Sancho Pança !
« Il amuse les gens‖ assez vils pour permettreQu'il trahisse à la fois‖ le grand Manchois son maître,Et son père le grand Manchot !Mais il tremble toujours,‖ pendant qu'il les fait rire,De me voir sur le seuil‖ paraître pour lui dire :« Taisez-vous. Vous êtes Sancho ! »
« Il le sait bien, qu'il l'est !‖ C'est ce qui l'importune.Car on profite mal‖ d'une bonne fortuneQuand on s'en étonne tout bas.Il sait bien quelles sont‖ les choses éternelles,Et qu'on peut s'amuser‖ à démoder les ailes :Les pattes ne voleront pas !
« Mais, hélas ! triste et long‖ j'erre sur la colline !Triste comme une nuit‖ sans bruit de mandolineEt long comme un jour sans combat !Je ne peux pas aller‖ interrompre son règne !Et sans cesse je sens,‖ à mon vieux cœur qui saigne,Que quelque rêve au loin s'abat !
« Je ne pourrais passer‖ qu'en laissant mon armure !Mais ce serait faiblir,‖ admettre une entamure.Mon armure est comme mon nom.Et j'en irais là-bas‖ prendre une autre, peut-être ?Non, car je rougirais‖ de ne plus reconnaîtreLa forme de mon ombre ! Non,
« Car à sa silhouette‖ on doit rester fidèle !La mienne me convient‖ si c'est à cause d'elleQu'à la sottise je déplus !Qui me dessinerait‖ un bon harnois de guerre ?Je n'ai pas confiance‖ au goût de l'antiquaire,Et Gustave Doré n'est plus !
« Ah ! pour porter là-bas‖ tout l'attirail en fraude,Il me faudrait un page,‖ un complice qui rôde,Par les rocs, le long des ruisseaux…Veux-tu faire avec moi,‖ fils, de la contrebande ?Puisque pour la passer‖ mon armure est trop grande,Nous la passerons par morceaux !
« En un pareil combat‖ la ruse est exemplaire !Il ne laisserait pas,‖ Seigneur, de me déplaireQue Votre Grâce me blâmâtD'oser requérir d'elle‖ une souplesse adroite,Car tout le monde sait‖ que j'ai l'âme aussi droiteQu'un fuseau de Guadarrama !
« Ce n'est qu'un rôle obscur‖ qu'ici je vous propose.Mais, Seigneur, vous aurez‖ à quelque grande causePeut-être un service renduQuand, passé par tronçons‖ que nul n'aura vu luire,On verra tout d'un coup,‖ là-bas, se reconstruireUn paladin inattendu !
» Si vous faites cela‖ pour la moustache blancheDu Très Ingénieux‖ Hidalgo de la Manche,Si vous me consacrez un peuDe cette jeune ardeur‖ que le ciel vous octroie,Je jure, bachelier,‖ qu'avec bien plus de joieVous regarderez le ciel bleu !
« Allons, donne ta main !‖ A moi tu t'affilies !Quoi ? Tu ne sais, dis-tu,‖ que chanter des foliesEt cueillir les fleurs du buisson ?Chante, et cueille des fleurs‖ d'un air de nonchalance !On peut dans un bouquet‖ passer un fer de lance,Un signal dans une chanson !
« Voici l'heure ! La nuit‖ paillette sa basquine !Mes armes, qu'un reflet‖ d'étoiles damasquine,Sont là, d'argent, d'or et d'airain !A quoi fais-tu passer‖ aujourd'hui la frontière ?Veux-tu le soleret ?‖ Veux-tu la cubitière ?Ou bien veux-tu le gorgerin ? »
Il ouvrait ses longs bras‖ à l'immense envergure !J'hésitais… Mais je vis‖ sur la Triste FigureUne telle déceptionQue : « Perle de l'honneur !‖ Miroir de la bravoure ! »M'écriai-je, en prenant‖ un air d'Estramadoure,« A votre disposition ! »
— « Choisis donc !… » Un rayon‖ toucha comme un doigt pâleLe plateau de balance —‖ ou la vieille cymbale —Ou l'espèce d'astre échancré,La chose qui luisait‖ sur le crâne fantasque,L'objet plat comme un plat,‖ martelé comme un casque,Fourbi comme un vase sacré !
Et je dis : « Par le cor‖ de Roland ! par la griffeDe Pantafilando !‖ par le bonnet d'AlquifeEt par l'âme de Galaor !Je choisis — car la seule‖ illusion m'enivre,Et l'objet qui de tous‖ était le plus en cuivrePour moi sera le plus en or ! —
« Je choisis, Chevalier,‖ ce qui, de ton armure,A soulevé le plus‖ de rire et de murmure !C'est ton armet. Donne-le-moi !Puisque tu l'as couvert‖ d'un ridicule immense,Il convient que ce soit‖ par lui que je commence !Je n'ai pas peur. Et j'ai la foi.
« Je jure que ceci‖ n'est pas un plat à barbe !Donne ! » Et le long des rocs‖ tout fleuris de joubarbeDont parfois j'arrachais un brin,Le soir même, furtif,‖ et de ma veste bruneL'empêchant d'accrocher‖ quelque rayon de lune,J'emportais l'armet de Mambrin !
Et depuis lors, dans l'ombre‖ où passe un vent morisque,Intéressé par l'œuvre,‖ égayé par le risque,Je suis toujours sur le sentier ;Je cueille des bouquets,‖ je marche, je m'arrête,Et je chante… Et je dis‖ que je suis un poète ;Mais je suis un contrebandier.
Frontière d’Espagne, 189.
Versification
- Forme
- 64 sizains (sizains)
- Rimes
- 64(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (256 de 12, 128 de 8)· profil 8, 6=6
- Strophes
- 64 sizains
- Mots à la rime
- a montagne / d'Espagne féminine, classiqueb pont / répond masculine, classiquec broute / j'écoute féminine, classiquea éclate / d'écarlate féminine, classiqueb entendu / défendu masculine, classiquec rabâche / bâche féminine, classiquea vitres / élytres féminine, classiqueb alternait / genêt masculine, classiquec alterne / lanterne féminine, classiquea dire / sourire féminine, classiqueb prudents / dents masculine, classiquec branches / blanches féminine, classiquea brusque / s'embusque féminine, classiqueb rabat / bât masculine, classiquec platane / âne féminine, classiquea champêtre / peut-être féminine, classiqueb toussotant / tintant masculine, classiquec vague / dague féminine, classiquea comme / homme féminine, classiqueb andalou / gabelou masculine, classiquec d'astrolabe / arabe féminine, classiquea vacarmes / armes féminine, classiqueb l'air / fer masculine, classiquec marmailles / mailles féminine, classiquea fourbe / courbe féminine, classiqueb s'amoindrit / Madrid masculine, classiquec vallée / volée féminine, classiquea bosselle / ficelle féminine, classiqueb d'ardillons / quillons masculine, classiquec usée / fusée féminine, classiquea rouille / s'agenouille féminine, classiqueb sac / bric-à-brac masculine, classiquec crépuscule / désarticule féminine, classiquea superbe / l'herbe féminine, classiqueb houseau / oiseau masculine, classiquec terre / coléoptère féminine, classiquea déballe / cymbale féminine, classiqueb échancré / sacré masculine, classiquec fantasque / casque féminine, classiquea digne / consigne féminine, classiqueb pas masculine, classiquec armes / larmes féminine, classiquea d'auberge / flamberge féminine, classiqueb ramassé / cassé masculine, classiquec remettre / maître féminine, classiquea fille / brindille féminine, classiqueb candi / grandi masculine, classiquec triste / d'améthyste féminine, classiquea silhouette / poète féminine, classiqueb seul / aïeul masculine, classiquec récupère / grand-père féminine, classiquea caresse / Serait-ce féminine, classiqueb c'est / grandissait masculine, classiquec campagne / Espagne féminine, classiquea grise / brise féminine, classiqueb dit / m'attendit masculine, classiquec silence / balance féminine, classiquea lande / grande féminine, classiqueb sorcier / échassier masculine, classiquec paysanne / basane féminine, classiquea soubreveste / geste féminine, classiqueb yeux / vieux masculine, classiquec nombre / l'ombre féminine, classiquea lèvre / fièvre féminine, classiqueb émoi / moi masculine, classiquec savoir-vivre / cuivre féminine, classiquea immortelle / elle féminine, classiqueb vent / Servant masculine, classiquec que / disque féminine, classiquea l'oblige / dis-je féminine, classiqueb bachelier / barbier masculine, classiquec Salamanque / manque féminine, classiquea saccades / cascades féminine, classiqueb rossignols / espagnols masculine, classiquec flegme / d'apophtegme féminine, classiquea toise / courtoise féminine, classiqueb aimons / monts masculine, classiquec j'exagère / J'erre féminine, classiquea Vénasque / basque féminine, classiqueb gui / Zumalacarrégui masculine, classiquec tristes / carlistes féminine, classiquea Pampelune / lune féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquec perche / cherche féminine, classiquea m'apporte / morte féminine, classiqueb Amadis / jadis masculine, classiquec l'Europe / sirope féminine, classiquea terne / moderne féminine, classiqueb d'Ennui / nuit masculine, non classiquec grognonne / Quintagnone féminine, classiquea m'oublie / folie féminine, classiqueb revoir / l'abreuvoir masculine, classiquec bue / fourbue féminine, classiquea désaltère / terre féminine, classiqueb lumineux / ferrugineux masculine, classiquec race / cuirasse féminine, classiquea âme / blâme féminine, classiqueb superflus / plus masculine, classiquec pense / France féminine, classiquea raille / ferraille féminine, classiqueb aujourd'hui / conduit masculine, non classiquec croire / gloire féminine, classiquea ronge / songe féminine, classiqueb féal / d'idéal masculine, classiquec Dulcinées / Pyrénées féminine, classiquea entière / frontière féminine, classiqueb sortir / retentir masculine, classiquec dépêche / n'empêche féminine, classiquea carapace / passe féminine, classiqueb genêt / reconnaît masculine, classiquec guérites / hypocrites féminine, classiquea trafique / magnifique féminine, classiqueb ainsi / Merci masculine, classiquec querelle / naturelle féminine, classiquea baraque / Muzaraque féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquec ignore / sonore féminine, classiquea peine / haine féminine, classiqueb héros / taureaux masculine, classiquec habituée / tuée féminine, classiquea Figure / j'inaugure féminine, classiqueb pied / copier masculine, non classiquec d'Angleterre / terre féminine, classiquea montagnes / campagnes féminine, classiqueb m'asseoir / soir masculine, classiquec Grâce / basse féminine, classiquea robe / arrobe féminine, classiqueb Malaga / délégua masculine, classiquec couleuvre / l'œuvre féminine, classiquea nombre / sombre féminine, classiqueb vit / servit masculine, classiquec grade / camarade féminine, classiquea d'armes / gendarmes féminine, classiqueb centuplât / plat masculine, classiquec monde / ronde féminine, classiquea histoire / l'écritoire féminine, classiqueb Gid-Hamed-Ben-Engeli / aboli masculine, classiquec dégrafe / paragraphe féminine, classiquea linge / singe féminine, classiqueb décrassa / Pança masculine, classiquec superbes / proverbes féminine, classiquea permettre / maître féminine, classiqueb Manchot / Sancho masculine, non classiquec rire / dire féminine, classiquea l'importune / fortune féminine, classiqueb bas / pas masculine, classiquec éternelles / ailes féminine, classiquea colline / mandoline féminine, classiqueb combat / s'abat masculine, classiquec règne / saigne féminine, classiquea armure / entamure féminine, classiqueb nom / Non masculine, classiquec peut-être / reconnaître féminine, classiquea fidèle / d'elle féminine, classiqueb déplus / plus masculine, classiquec guerre / l'antiquaire féminine, classiquea fraude / rôde féminine, classiqueb ruisseaux / morceaux masculine, classiquec contrebande / grande féminine, classiquea exemplaire / déplaire féminine, classiqueb blâmât / Guadarrama masculine, non classiquec adroite / droite féminine, classiquea propose / cause féminine, classiqueb rendu / inattendu masculine, classiquec luire / reconstruire féminine, classiquea blanche / Manche féminine, classiqueb peu / bleu masculine, classiquec octroie / joie féminine, classiquea t'affilies / folies féminine, classiqueb buisson / chanson masculine, classiquec nonchalance / lance féminine, classiquea basquine / damasquine féminine, classiqueb d'airain / gorgerin masculine, classiquec frontière / cubitière féminine, classiquea envergure / Figure féminine, classiqueb déception / disposition masculine, classiquec bravoure / d'Estramadoure féminine, classiquea pâle / cymbale féminine, classiquea griffe / d'Alquife féminine, classiqueb Galaor / or masculine, classiquec m'enivre / cuivre féminine, classiquea armure / murmure féminine, classiqueb Donne-le-moi / foi masculine, classiquec immense / commence féminine, classiquea barbe / joubarbe féminine, classiqueb brin / Mambrin masculine, classiquec brune / lune féminine, classiquea morisque / risque féminine, classiqueb sentier / contrebandier masculine, classiquec m'arrête / poète féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
384 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Musardises, E. Fasquelle (Paris), 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources