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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre premier Odes sacrées

ODE XIII. A toutes nos actions

TIRÉE DU PSAUME XCIII Deus ultionum Dominus, etc.

Jean-Baptiste Rousseau· 70 vers

Paraissez, Roi des rois ; venez, Juge suprême,Faire éclater votre courrouxContre l’orgueil et le blasphèmeDe l’impie armé contre vous.Le Dieu de l’univers est le Dieu des vengeances :Le pouvoir et le droit de punir les offensesN’appartient qu’à ce Dieu jaloux.

Jusques à quand, Seigneur, souffrirez-vous l’ivresseDe ces superbes criminels,De qui la malice transgresseVos ordres les plus solennels,Et dont l’impiété barbare et tyranniqueAu crime ajoute encor le mépris ironiqueDe vos préceptes éternels ?

Ils ont sur votre peuple exercé leur furie ;Ils n’ont pensé qu’à l’affliger :Ils ont semé dans leur patrieL’horreur, le trouble et le danger ;Ils ont de l’orphelin envahi l’héritage,Et leur main sanguinaire a déployé sa rageSur la veuve et sur l’étranger.

Ne songeons, ont-ils dit, quelque prix qu’il en coûte,Qu’à nous ménager d’heureux jours :Du haut de la céleste voûteDieu n’entendra pas nos discours :Nos offenses par lui ne seront point punies ;Il ne les verra point, et de nos tyranniesIl n’arrêtera pas le cours.

Quel charme vous séduit, quel démon vous conseille,Hommes imbéciles et fous ?Celui qui forma votre oreilleSera sans oreilles pour vous !Celui qui fit vos yeux ne verra point vos crimes !Et celui qui punit les rois les plus sublimesPour vous seul retiendra ses coups !

Il voit, n’en doutez plus, il entend toute chose,Il lit jusqu’au fond de vos cœurs.L’artifice en vain se proposeD’éluder ses arrêts vengeurs ;Rien n’échappe aux regards de ce juge sévère ;Le repentir lui seul peut calmer sa colère,Et fléchir ses justes rigueurs.

Ouvrez, ouvrez les yeux, et laissez-vous conduireAux divins rayons de sa foi.Heureux celui qu’il daigne instruireDans la science de sa loi !C’est l’asile du juste, et la simple innocenceY trouve son repos, tandis que la licenceN’y trouve qu’un sujet d’effroi.

Qui me garantira des assauts de l’envie ?Sa fureur n’a pu s’attendrir.Si vous n’aviez sauvé ma vie,Grand Dieu, j’étois près de périr.Je vous ai dit : Seigneur, ma mort est infaillible,Je succombe ! Aussitôt votre bras invincibleS’est armé pour me secourir.

Non, non, c’est vainement qu’une main sacrilègeContre moi décoche ses traits ;Votre trône n’est point un siègeSouillé par d’injustes décrets ;Vous ne ressemblez point à ces rois implacablesQui ne font exercer leurs lois impraticablesQue pour accabler leurs sujets.

Toujours à vos élus l’envieuse maliceTendra ses filets captieux :Mais toujours votre loi propiceConfondra les audacieux.Vous anéantirez ceux qui nous font la guerre ;Et si l’impiété nous juge sur la terre,Vous la jugerez dans les cieux.

70 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources