Œuvres, 1712· Cantates
CANTATE IX. Bacchus
C’est toi, divin Bacchus, dont je chante la gloire :Nymphes, faites silence, écoutez mes concerts.Qu’un autre apprenne à l’universDu fier vainqueur d’Hector la glorieuse histoire ;Qu’il ressuscite, dans ses vers,Des enfants de Pélops l’odieuse mémoire :Puissant dieu des raisins, digne objet de nos vœux,C’est à toi seul que je me livre ;De pampres, de festons, couronnant mes cheveux,En tous lieux je prétends te suivre ;C’est pour toi seul que je veux vivreParmi les festins et les jeux.
Des dons les plus raresTu combles les cieux ;C’est toi qui préparesLe nectar des dieux.
La céleste troupe,Dans ce jus vanté,Boit à pleine coupeL’immortalité.
Tu prêtes des armesAu dieu des combats ;Vénus sans tes charmesPerdrait ses appas.
Du fier PolyphèmeTu domptes les sens ;Et Phébus lui-mêmeTe doit ses accents.
Mais quels transports involontairesSaisissent tout à coup mon esprit agité ?Sur quel vallon sacré, dans quels bois solitairesSuis-je en ce moment transporté ?Bacchus à mes regards dévoile ses mystères.Un mouvement confus de joie et de terreurM’échauffe d’une sainte audace ;Et les Ménades en fureurN’ont rien vu de pareil dans les antres de Thrace.
Descendez, mère d’Amour,Venez embellir la fêteDu dieu qui fit la conquêteDes climats où naît le jour.Descendez, mère d’Amour,Mars trop longtemps vous arrête.
Déjà le jeune Sylvain,Ivre d’amour et de vin,Poursuit Doris dans la plaine,Et les Nymphes des forêts,D’un jus pétillant et fraisArrosent le vieux Silène.
Descendez, mère d’Amour,Venez embellir la fêteDu dieu qui fit la conquêteDes climats où naît le jour.Descendez, mère d’Amour ;Mars trop longtemps vous arrête.
Profanes, fuyez de ces lieux :Je cède aux mouvements que ce grand jour m’inspire.Fidèles sectateurs du plus charmant des dieux,Ordonnez le festin, apportez-moi ma lyre,Célébrons entre nous un jour si glorieux.Mais, parmi les transports d’un aimable délire.Éloignons loin d’ici ces bruits séditieuxQu’une aveugle vapeur attire :Laissons aux Scythes inhumainsMêler dans leurs banquets le meurtre et le carnage :Les dards du Centaure sauvageNe doivent point souiller nos innocentes mains.
Bannissons l’affreuse BelloneDe l’innocence des repas :Les Satyres, Bacchus et Faune,Détestent l’horreur des combats.
Malheur aux mortels sanguinaires,Qui, par de tragiques forfaits,Ensanglantent les doux mystèresD’un dieu qui préside à la paix !
Bannissons l’affreuse BelloneDe l’innocence des repas :Les Satyres, Bacchus et Faune,Détestent l’horreur des combats.
Veut-on que je fasse la guerre ?Suivez-moi, mes amis ; accourez, combattez ;Remplissons cette coupe, entourons-nous de lierre.Bacchantes, prêtez-moi vos thyrses redoutés.Que d’athlètes soumis ! que de rivaux par terre !O fils de Jupiter, nous ressentons enfinTon assistance souveraine !Je ne vois que buveurs étendus sur l’arène,Qui nagent, dans des flots de vin.
Triomphe ! victoire !Honneur à Bacchus !Publions sa gloire.Triomphe ! victoire !Buvons aux vaincus.
Bruyante trompette,Secondez nos voix,Sonnez leur défaite :Bruyante trompette,Chantez nos exploits.
Triomphe ! victoire !Honneur à Bacchus !Publions sa gloire.Triomphe ! victoire !Buvons aux vaincus.
103 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources