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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Cantates

CANTATE X. Les forges de Lemnos

Jean-Baptiste Rousseau· 52 vers

Dans ces antres fameux, où Vulcain nuit et jourForge de Jupiter les.foudroyantes armes,Vénus faisoit remplir le carquois de l’Amour.Les Grâces, les Plaisirs lui prêtoient tous leurs charmes ;Et son époux, couvert de feux étincelants,Animoit en ces mots les Cyclopes brûlants :

Travaillons, Vénus nous l’ordonne ;Excitons ces feux allumés :Déchaînons ces vents enfermés ;Que la flamme nous environne.Que l’airain écume et bouillonne ;Que mille dards en soient formés :Que sous nos marteaux enflammésA grand bruit l’enclume résonne.

Travaillons, Vénus nous l’ordonne ;Excitons ces feux allumés :Déchaînons ces vents enfermés ;Que la flamme nous environne.

C’est ainsi que Vulcain, par l’amour excité,Arrnoit contre lui-même une épouse volage ;Quand le dieu Mars, encor tout fumant de carnage.Arrive, l’œil en feu, le bras ensanglanté.Que faites-vous, dit-il, de ces armes fragiles,Fils de Junon, et vous, Chalybes assemblés ?Est-ce pour amuser des enfants inutilesQue cet antre gémit de vos coups redoublés ?

Hâtez-vous de réduire en poudreCe fruit de vos travaux honteux :Renoncez à forger la foudre,Ou quittez ces frivoles jeux.

Mais„tandis qu’il s’emporte en des fureurs si vaines,Il se sent tout à coup frappé d’un trait vengeur.Quel changement ! quel feu, répandu dans ses veines,Couvre son front guerrier de honte et de rougeur !Il veut parler, sa voix sur ses lèvres expire :Il lève au ciel les yeux, il se trouble, il soupire ;

Toute sa fierté cède, et ses regards confus,Par les yeux de l’Amour arrêtés au passage,Achèvent de faire naufrageContre un sourire de Vénus.

Fiers vainqueurs de la terre,Cédez à votre tour :Le vrai dieu de la guerreEst le dieu de l’amour.

N’offensez point sa gloire ;Gardez de l’irriter :C’est perdre la victoireQue de la disputer.

Fiers vainqueurs de la terre,Cédez à votre tour :Le vrai dieu de la guerreEst le dieu de l’amour.

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources