Œuvres complètes, 1659· Dernier recueil de diverses poésies.
Galanterie
A M. D. B.
Ouy, je suis pris, ma nymphe, je l’advoue :Ces cheveux bruns qui flottent sur ta joueEt sur ta gorge aussi blanche que lait,Maugré mes dents, me tiennent au collet.Je le confesse et ne m’en puis desdire,Je meurs pour toy, je brusle, je souspire ;Mais, Dieu mercy, cela ne m’oste pasLa volupté que l’on gouste aux repas ;Je la savoure ainsi qu’à l’ordinaire,Et, sans mentir, belle, c’est pour te plaire :Car je sçay bien que tu n’abhorres pointCe qui conserve un illustre embonpoint.Tu me l’as dit par des vers dont les musesSeroyent enfin jalouses et camuses,Si ce n’estoit que leur sexe honoréS’en trouvera d’autant plus admiré.
Outre ces vers, tu me l’as dit en prose ;J’en suis certain, et ta bouche de roseM’a fait connestre, afin de m’engager,Qu’elle sçavoit bien dire et bien manger :Temoin le jour de nos bignets sauvages,Où tes beaux doigts, faisant plus de ravagesQue ceux des dieux aux noces de Thetis,Mirent à sac morceaux grands et petits ;Jour, dis-je, enfin, où parmy tant d’eclanchesTu fis sortir deux cuisses de tes manches,Dont en mon cœur si fort je m’estonnayQu’en disnant mesme à peine je disnay.
O que d’attraits en ces gros bras d’yvoire !Que leur eclat rendit la nappe noire !Je m’en repus, ou, pour le dire mieux,Ma faim d’amour les devora des yeux.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· Sources