Œuvres complètes, 1659· Première partie.
L’enamouré
Parbieu ! j’en tiens, c’est tout de bon,Ma libre humeur en a dans l’aile,Puis que je prefere au jambonLe visage d’une donzelle.Je suis pris dans le doux lienDe l’archerot italien.Ce dieutelet, fils de Cyprine,Avecques son arc my-courbé,A feru ma rude poitrineEt m’a fait venir à jubé
Mon esprit a changé d’habit :Il n’est plus vestu de revesche ;Il se r’affine et se fourbitAux yeux de ma belle chevesche.Plus aigu, plus clair et plus netQu’une dague de cabinet,Il estocade la tristesse,Et, la chassant d’autour de soy,Se vante que la politesseNe marche plus qu’avecques moy.
Je me fay friser tous les jours,On me releve la moustache ;Je n’entrecoupe mes discoursQue de rots d’ambre et de pistache ;J’ay fait banqueroute au petun ;L’excès du vin m’est importun :Dix pintes par jour me suffisent ;Encore, ô falotte beautéDont les regards me deconfisent,Est-ce pour boire à ta santé !
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources