Œuvres complètes, 1659· Première partie.
Imprecation
Si jamais j’entre dans Evreux,Puissay-je devenir fievreux !Puissay-je devenir grenouillePuissay-je devenir quenouilleQue le vin me soit interdit,Que nul ne me fasse credit,Que la tigne avec la peladeSe jette dessus ma salade,Que je serve de Jacquemart,Qu’on me coupe le βραχεμαρτ ;Bref, que cent clous gros d’apostume,Noirs et gluans comme bitume,M’environnent le fondement,Si j’y songe tant seulement.Qu’à jamais la guerre civileTrouble cette maudite ville ;Que Phebus, qui fait tant le beau,N’y porte jamais le flambeau ;Qu’il y pleuve des halebardes,Que tout ce que jadis nos bardesOnt prophetisé de malheurs,D’ennuis, d’outrages, de douleurs,De poison, de meurtre, d’inceste,De feu, de famine et de peste,S’y puisse bien-tost accomplir,Et tout son domaine en remplir.Voilà ce qu’une ire equitableFit prononcer, estant à table,De haine ardemment excitéContre cette infame cité,Au plus benin de tous les hommesQui boivent au temps où nous sommes.O bon yvrongne ! ô cher Faret !Qu’avec raison tu la mesprises !On y voit plus de trente eglises,Et pas un pauvre cabaret.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources