Œuvres complètes, 1659· Troisiesme partie
L’esté de Rome
Quelle estrange chaleur nous vient icy brusler ?Sommes-nous transportez sous la zone torride,Ou quelque autre imprudent a-t’il lasché la brideAux lumineux chevaux qu’on voit estinceler ?
La terre, en ce climat, contrainte à pantheler,Sous l’ardeur des rayons s’entre-fend et se ride ;Et tout le champ romain n’est plus qu’un sable arideD’où nulle fresche humeur ne se peut exhaler.
Les furieux regards de l’aspre caniculeForcent mesme le Tybre à perir comme Hercule,Dessous l’ombrage sec des joncs et des roseaux.
Sa qualité de dieu ne l’en sçauroit deffendre,Et le vase natal d’où s’écoulent ses eaux,Sera l’urne funeste où l’on mettra sa cendre.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources