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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1659· Première partie.

Le bel oeil malade

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant· 36 vers

Quand je voy ce bel œil tout en feu comme il est,Où parmy les douleurs le roy des cœurs se plaistDe faire sa demeure,Je croy que l’univers est à son dernier jour,Que le ciel se consume, et qu’il faut que je meure,Puis que je voy perir l’objet de mon amour.

En un tel accident je ne m’estonne pasDe voir dans ce bel œil ce demon plein d’appas :Rire encore en mon ame :Car, considerant bien sa nature et son jeu,Ce n’est pas un prodige en luy, qui n’est que flame,Qu’il puisse ainsi durer au milieu de ce feu.

J’auroy peur toutesfois qu’en ce sujet de dueil,Mon portrait en petit tiré dans ce bel œilNe fust reduit en cendre ;Mais sa vertu secrette enseigne à mon penserQu’estant un diamant, tout esprit doit apprendreQue jamais aucun feu ne le peut offenser.

Si, par une merveille aimable en ce malheur,Ce bel œil retenoit cette ardente couleurPour me servir de phare,Il passeroit aux yeux des plus sages amansPour un de ces rubis dont l’eclat est si rare,Qu’il en est plus prisé que tous les diamans.

Son cher frere, affligé de ce que son pareilLuy va donner moyen d’estre appellé SoleilEn le laissant unique,Bien plus de passion dedans luy nous fait voirA fuyr cet honneur, qu’il juge tyrannique,Que jadis Phaëton n’en monstra pour l’avoir.

Il pleure, et nul objet ne l’en peut divertir,Comme si par ses eaux il pensoit amortirLes flames trop voisines :On diroit, à le voir respandre ainsi des pleurs,D’un vaze de christal tout plein de perles finesQue l’on renverseroit sur quelque champ de fleurs.

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources