Œuvres complètes, 1659· Première partie.· Suite de la premiere partie des oeuvres Du sieur de saint-amant
Le poete crotté
A Monseigneur le Duc DE RETS.
Dans cette satyre joyeuse,
Plusieurs se sentiront pincer
D’une façon ingenieuse,
Qui ne pourront s’en offencer.
Clyon, ma petite camuse,De grace, enfle ta cornemuse,Pour entonner d’un chant falot,Non les debauches de Bilot,Qui, prest de descendre en l’Averne,Estendu contre une taverneDont il adoroit le locquet,En jettantle dernier hocquet,Comme il entendit crier : Masse !Soudain d’une voix graisle et basseRespondit : Toppe ! et puis mourutD’une broche qui le ferut ;Non, dis-je, pour prosner sa gloireA vaincre Bacchus mesme à boire,Mais pour chanter et mettre au jourL’adieu du poëte à la cour.Mon duc, de qui, sans flatterie,Picqué d’une noble furie,J’esleverois le nom aux cieux,A la honte de tous les dieux,Si les regles de la satyreAucun bien pouvoient laisser dire,Dans vostre mal vueillez ouyrCes vers faits pour vous resjouyr.Peut-estre que vos medecines,Vos bains, vos huylles, vos racinesN’apporteront pas tant du leurA soulager vostre douleur,Puis qu’on tient pour chose certaineQue, pour appaiser toute peine,Le plaisir est un appareilQui n’a nul remede pareil.Quant est de moy, malgré ma jambeOù le feu Sainct-Antoine flambe,Malgré mon pauvre bras demis,Au grand regret de mes amis,En maint endroit leur rime platteMe fait espanouyr la ratte.Mais il est temps de commencer :Debout, Margot, il faut dancer.Lors que ce chardon de ParnasseCe vain espouvantail de classe,Ce pot-pourry d’estranges mœurs,Ce moine bourru des rimeurs,Ce chaland de vieille tripiere,Ce faquin orné de rapiere,Cet esprit chaussé de travers,Ce petit fagotteur de vers,Vid sa pauvre muse chiffléeEt son esperance befflée,Après avoir esté vingt ansUn des plus parfaits sots du temps,Et s’estre veu, par son merite,Fol de la reyne Marguerite,Qui l’estimoit, Dieu sçait combien !C’est-à-dire autant comme rien.A la fin, saoul de chiquenaudes,De taloches, de gringuenaudes,D’ardantes mousches sur l’orteil,De camouflets dans le sommeil,De pets en coque à la moustache,De papiers qu’au dos on attache ;D’enfler mesme pour les lacquais,De bernemens, de sobriquets,De coups d’espingle dans les fesses,Et de plusieurs autres caressesQue dans le Louvre on luy faisoitQuand son diable l’y conduisoit,Il luy prit, quoy que tard, envieD’aller ailleurs passer sa vie,Et, laissant Paris en ce lieu,Luy dire pour jamais adieu.Mais, avant qu’il ouvre la bouche,Je veux luy donner une toucheDe mon pinceau pour l’habiller,Tant qu’on s’en puisse esmerveiller.Un feustre noir, blanc de vieillesse,Garny d’un beau cordon de gresse,Qu’il ne sçauroit avoir perdu,Non plus qu’engagé ny venduSans se voir aussi-tost nu-teste,Couvroit la hure de la beste,Troussé par devant en sainct Roc,Avec une plume de coc.Son pourpoint, sous qui maint pou gronde,Montrait les dents à tout le monde,Non de fierté, mais de douleurDe perdre et matiere et couleur.Il fut jadis d’un drap minime ;Mais qu’est-ce que le temps ne lime ?Le pauvre diable a fait son cours :Autant puissent durer mes jours.La moitié d’une peccadille,Sur qui sa criniere pandille,Affreuse et sentant le sabat,Luy servoit au lieu de rabat.Des gregues d’un faux satin jaune,D’un costé trop longues d’une aulne,Et de l’autre à bouillon troussé,Reliques d’un ballet dansé,Qu’un galand coiffé d’une dameLuy donna pour son anagrameAvec un demy-quart d’escu,Enharnachoient son chien de cu.Un rocquet de bourraccan rouge,Qui jamais de son dos ne bouge,L’affubloit, quoy qu’il fust hyver,Et qu’il fust rongé de maint ver.Une estroitte jartiere grise,Faite d’un vieux lambeau de frise,En zodiaquant le gipon,Servoit d’escharpe à mon fripon,Et trainoit, comme à la charrue,Pour soc un fleuret par la rue,Dont il labouroit le pavé,Lequel en estoit tout cavé.Ses jambes, pour paistrir les crottes,S’armoient à cru de vieilles bottes,L’une en pescheur, d’un gros cuir noir,La plus grande qui se pust voir,L’autre d’un cuir blanc de Russie,A genouilliere racourcie ;L’une à pié-plat, à bout pointu,Et l’autre à pont-levis tortu.Un petit esperon d’Engliche,A la garniture assez chiche,Ergottoit son gauche talon ;Quant au droit, le bon violonN’y portoit rien qu’une ficellePour en soustenir la semelle,Qui, comme un fruict meur ou pourry,Laissant l’arbre qui l’anourry,Par quelque soudaine tempeste,A tous coups estoit toute presteDe quitter, en se remuant,La plante de son pied puant.En ce ridicule equipage,Chargé de son petit bagage,Tirant pays seul et dispos,Il debagoula ces propos :Ville où j’ay tant traisné mes guestres,Que j’en dois mieux sçavoir les estresQu’un rat ne fait de son grenier,Je te chante l’adieu dernier.Adieu doncques, Paris sur Seine,Seine, riviere humide et pleine,A Sanilas nommée ainsi,Comme dit quelque autheur chansi.Adieu Paris, cité superbe,Paris sans pair, rare proverbe !Qui montre, en cachant mille appas,Que Vaugirard ne te vaut pas.Adieu Pont-Neuf, sous qui l’eau passe,Si ce n’est quand hyver la glace :Car, adonc ne bougeant d’un point,Elle est ferme, et ne passe point.Adieu, roy de bronze ou de cuivre,Qu’à pié l’on peut aisement suivre,Quoy que vous soyez à cheval,Sans aller par mont ny par val ;Adieu, belle place Dauphine,Où l’eloquence se r’affinePar ces basteleurs, ces marmots,De qui j’ay pris tant de beaux motsPour fabriquer mes epigrammes,Bon mots qui, plus pointus que lames,Font qu’on ne peut, sans se picquer,En torche-culs les appliquer.Adieu ! vous que tout au contraireJ’ay souvent fournis de quoy braire :Chantres, l’honneur des carrefoursEt des ponts, où d’une voix d’oursEt d’une bouffonne grimaceVous charmez le sot populace,Tandis qu’un matois, non en vain,Essaye à faire un coup de main.Adieu, blonde Samaritaine,Que, sans peur des tireurs de laine,Pour n’avoir n’argent ny manteau,En venant du royal chasteauJ’ay veu cent fois aux heures sombres,Lors que l’opacité des ombresAbsconce tout ce qui reluitDessous la cappe de la nuit.Adieu, belles rostisseries,De moy si vainement cheries,Où j’ay veu fumer d’aloyaux,Qui plus valoient que les joyauxQui decoroient le pont au ChangeDevant ce traistre esclandre estrange,Qui, plus promptement qu’un esclair,Luy fit faire le saut en l’air.Adieu le roy des testes-folles,Grand Erty, qui, dans les escollesQu’on tient aux Petites-Maisons,Fais rire jusques aux tisons.Las ! de quelle perseverancePaty ay-je, sous esperanceD’obtenir quelque jour du sortTa noble place en cas de mort,Place que j’eusse demandée,Et qu’on m’eust sans faute accordée,Nul n’en pouvant, comme je croy,La charge mieux faire que moy.Adieu, palais où la justiceNe mange que du pain d’espice,Et ne fait boire à ses regents,Que la sueur des sottes gents,Qui pour un zest, pour une paille,Bouttant jusqu’à l’ultime maille,Apprennent à leurs hoirs enfinQue cil qui plaide est moult peu fin.Quant à toy, gros Louvre effroyable,Pour adieu je te donne au diable,Le roy dehors, cela s’entant,Et les reynes, qui valent tant.Ouy, de bien bon cœur je t’y donne,Je te dis moy-mesme en personne,Pour les niches, pour les tourmensQue dans tous tes departemensOn m’a faits depuis tant d’années,Tourmens que les ames damnéesTrouveroient pires aux enfers,Ny que leurs feux, ny que leurs fers.Voyez un peu que c’est du monde,Et combien est fat qui s’y fonde !Je me souviens qu’au temps passéDes plus grands j’estois caressé ;Ils me tenoient pour habile homme.Peu s’en faut que je ne les nomme,Pour montrer qu’ils ne sçavent rien ;Mais nul ne m’orroit, aussi bien.S’il se faisoit galanterie,Course, carrouzel, mommerie,Combat de barriere, ballet ;S’il falloit chanson ou poulet,J’estois leur mon-cœur, leur mon-maistre ;Leur ame m’ouvroit la fenestrePour m’exhiber tous ses secrets,Tous ses plaisirs, tous ses regrets,C’est-à-dire mille sottises.Je leur fournissois de devises,De beaux couplets, de hauts discours ;Enfin j’estois tout leur recours.O faux galands ! ô hapelourdes !Que vous avez les testes lourdes,Quoy qu’elles soient creuses pourtant,Et que l’air soit moins inconstant !Quand on vous montre ou vers ou prose,Feignans d’y sçavoir quelque chose,Vous sousriez et faites : hon,Mais à contre-temps, c’est le bon.Si l’amour à soy vous attire,Vous demandez une satyreA la louange des beaux yeux,Qui sont vos soleils et vos dieux.Ou vous priez que l’on vous fasseSur tous les attraits d’une face,Autant de long que de travers,Quelque beau quatrain de six vers.Si dessus un nom d’importance,On vous dit quelque sotte stance,Vous l’exaltez par des transports,En grimassant d’ame et de corps ;Et si d’un nom qu’on chiffle au Louvre,Quelque ouvrage excellent on couvreEn le prononçant vilement, •Vous ne l’estimez nullement.Si vous oyez un equivoque,Vous jettez d’aise vostre toqueEt prenez son sens malautruPour un des beaux mots de Bautru,J’ay veu qu’un sonnet accrosticheAnagrammé par l’emistiche,Aussi bien que par les deux bouts,Passoit pour miracle chez vous.J’ay veu que vous preniez des noisesPour les Marguerites françoises,Et qu’eussiez joué des cousteauxPour Nerveze et pour Escuteaux ;Et depuis peu mesme la Serre,Qui livres sur livres desserre,Duppoit encore vos espritsDe ses impertinents escrits.Non, non, je ne suis pas si beste,Quelque longue que soit ma teste,Que je ne reconnoisse bienQue vous l’estes ou n’estes rien.Adieu, dames et damoiselles,Autant les laides que les belles,Si par fard on peut meriterCe nom de belle, et le porter.Allez au Cours, aux Tuilleries,Faites-y force drolleries,Mais il n’en est pas la saison.Ne bougez donc de la maison,J’entends ne bougez de la ville,Et là, d’une humeur bien civileEntre-visitez-vous souvent ;Puis, feignant d’aller au convent,Glissez-vous en robbe discretteChez la confidante secrette,Où vous attend le financierAvec boutique de mercierEt collation preparéePour passer toute la soirée,Pendant que l’amoureux de courSouspire en vain pour vostre amour.Encore un coup, ô belle bande !Pour adieu je vous recommande,Si vous n’avez pire destinAux successeurs de Roquentin.Adieu vous qui me faites rire,Vous gladiateurs du bien-dire,Qui sur un pré de papier blanc,Versans de l’encre au lieu de sang,Quand la guerre entre-vous s’allume,Vous entre-bourrez d’une plume,D’un cœur doctement martial,Pour le sceptre eloquential.A propos, messieurs, quand j’y songe,Que je voy quel soucy vous ronge,Et le dessein que vous avez,Parbieu ! cela n’est pas mauvais,Ou soit en vers, ou soit en prose,Que vous disputiez d’une choseQui sans doutance m’appartient,A ce que l’Olivete tient.J’en eusse dit ma ratelée,En me fourrant dans la meslée ;Mais je ne suis pas si badin :L’advanture du paladinMe fait tressaillir de l’espaule ;Je redoute endiable la gaule,Et m’est advis que sur mon dosJe ne sens desjà que fagots.Adieu vrais theatres comiques,Belles maisons academiques,Les ordinaires rendez-vousDes esprits forts, des esprits dous,Des eloquens, des gens d’intrigue,Des cœurs de l’amoureuse brigue,Des complaisans applaudisseursEt des raffinez polisseurs.Quel plaisir d’estre en une chaiseChez vous bien assis à son aise,Dans une ruelle de litOù Madame s’ensevelitLoin du jour, de peur qu’on ne voyeQue son muffle est une monnoyeQui n’est plus de mise en ce temps,Et qu’elle a bien neuf fois sept ans !Là l’un lit, là l’autre censure,Donnant à tout double tonsure ;L’un se refrogne et ne dit mot ;L’autre nigaude et fait le sot ;L’un raconte quelque nouvelleQui met tout le monde en cervelle ;L’autre pette en esternuant,Et l’autre vesse en bouc puant.Adieu, mon hoste, mon compere,Où je m’en suis fait en grand’cherePour un franc, six liards et demyEn deux quarts d’an. Si, mon amy,Si je vous dois quelque chosette,Quelque chose, dis-je, de reste,Un bout de peigne t’ay laisséQui t’en rendra recompensé.Adieu, bel hostel de Bourgongne,Où d’une joviale trongneGaultier, Guillaume et TurlupinFont la figue au plaisant Scapin,Où, dis-je, mes petits confreresEstalent leurs bourrus mysteres ;Où maint garnement de filou,Quoué d’un estoc au vieux lou,Pour n’aller jamais à la guerre,Se pennade dans un parterreDont les horions sont les fleurs,Les divers habits les couleurs,Les fueilles les badauts qui tremblent,Et où tous ses supposts s’assemblent,Yvres de biere et de petun,Pour faire un sabat importun.Adieu, maquerelles et garces ;Je vous prevoy bien d’autres farces(Poetes sont vaticinateurs)Dans peu vous et vos protecteursSerez hors de France banniesPour aller planter coloniesEn quelque Canada loingtain.Le temps est près, et tout certain :Ce n’est point un conte pour rire.Vous aurez beau crier et dire :J’appartiens à Monsieur un tel ;Quand vous embrasseriez l’autel,Quand pour vous en penser distraireVous vous soumettriez à la haire,Si faudra-t-il marcher pourtant.O ! si l’on en faisoit autantA toutes celles dont la vieDessus vostre mestier renvie,Que Paris se depeupleroit !Presque sans femmes il seroit.Adieu, grande et fameuse Greve,Helas ! de te quitter je creve,J’esperois qu’un jour à venir,Puis qu’aussi bien tout doit finir,Apres avoir fait à l’extresmeUn tour de pays de moy-mesme,J’aurois l’honneur, sur vostre bort,De voir force gens à ma mort ;Au lieu qu’au sentier que j’empoigneDevant que de r’estre en Gascogne,Je cours l’hazard d’au coing d’un boisJetter seul des ultim’ abbois,Accravanté de lassitude,De trop jeusner, de marritude,Et qui plus est, loing des beaux yeuxOù logent mon pis et mon mieux.Ha ! beaux yeux ! ha ! docte maistresse !Pour qui mon pié marche en detresse,Gente Perrette, mon soucy,A qui, jeunet, d’amour transy,J’abandonnois moy-mesme en proyeMon cœur, mon poulmon et mon foye,Mon corps de l’un à l’autre bout,Trippes, boudins, et merde et tout :Helas ! faut-il que je te quitte !Ouy, l’ordonnance en est prescrite.Je voudrois bien que non, mais quoy !Necessité n’a point de loy.L’horrible misere, laquelleOncques ne va sans sa sequelle,Dueil, dam, dol, peur, mort, froid, soif, faim,Honte, chagrin, rancœur, mes-hain,Paresse, desespoir, envie,Et de tous les maux de la vie,Malgré moy me contraignent àLaisser ton œil, qui m’empesta.Au moins, ô ma chere Sybile !N’aye la memoire labile :Remembre-toy de ton costéDe ton pauvre rimeur crotté,Et du mien j’auray pour hostesseDans le chief ma haute poetesse,Dont les escrits, comme mes vers,Sont les torches de l’univers ;Remembre-toy des serenadesQu’en mes nocturnes promenades,Accompagné d’un bielleurAveugle, afin que deceleurDe nos amours il ne pust estre,Discretion qui reconnestreSe doibt bien) je t’ay si souventDonnée à la pluye et au vent ;Rememore-toy davantage,Que quoy qu’en un douziesme estageTu te gistes proche du ciel,Et c’est pourquoy, mon tout, mon miel,Cy-devant haute t’ay nommée,Toutesfois, d’une ame charméeN’ay pas laissé, grimpant en ours,De te visiter tous les jours.Item, recorde-toy qu’en somme,Malgré ce que ce diable d’homme,Cette bedaine d’Allemand,Ce fin railleur, ce faux Normand,Ce vray demon de la satyre,Né pour nostre commun martyre,A dit de bouche ou par escritDe ton corps et de ton esprit,Tantost accomparant ta mineA quelque vacbe qui rumine,Tantost chantant qu’un siecle entierA greslé dessus ton quartier ;Tantost, t’appelant vieille chatte,Poil de gorret, caboche platte,Nez roupieux, œil esraillé,Bec de pivert, teint escaillé,Menton velu, cou de bellette,Sein de drappeau, corps de squelette,Bras d’oziersec, main de guenon,Jambe de grue et pié d’asnon ;Tantost, disant que de VirgileTu honnis l’adorable stile,Que son beau sens perverty asAvec ton galimathias ;Que tu apte n’es ny idoineQu’à servir de folle à la roine,Et qu’en un estat bien regléTon cher ponant seroit sanglé.Recorde-toy, dis-je, O ma rose !Que, quoy qu’en creusse quelque chose.Je t’ay obstant moult bien servy,Et serviray, si plus je vy.Je te le jure par ta garbe,Par ton bon demy-pié de barbe,Parle grand diable de V au vert,Par ta teste à chapperon vert,Par la mienne à porter marotte,Par les guenilles de ta cotte,Par ton mary, qui fut pendu,Par ta sœur au groin morfondu,Par le gousset de ton haleine,Par le nabotin qui te meine,Par ta guenuche qui le suit,Par ton bel attiffet de nuit,Par le grenier où tu demeures,Par tes dents de couleur de meures,Par ton vieux chiffon de collet,Par ta coiffe d’un bioulet,Par tes souliers d’une coudée,Par tes grimaces d’obsedée,Par tes gands fourrez de blaireau,Par ta simarre de bureau,Par les vitres de tes lunettes,Par le tintin de mes sonnettes.Par ton masque de camelot,Par ma taille de Sibilot,Par ta chaise à jambe demise,Par la foire de ta chemise,Et par tout ce qu’avons nous deuxDe ridicule et de hideux.Bref, souviens-toy qu’à ton exemple,Monté sur l’eschelle du temple,J’ay publiquement defenduAins pieça, los, jaçoit, ardu,Soulas, opter, blandice, encombre ;Et, m’escrimant, ainsi qu’une ombre,Dans mes discours superlatifs,Pour les mignards diminutifs,Ay prouvé par raisons notoiresA tous les porteurs d’escritoires,Que, comme de mil vient millet,Ainsi de mail vient ton Maillet,Nom dont, par une prevoyanceDe nos amours, c’est ma croyance,Le fatum exprès m’a pourveu,Pour que de toy mieux fusse veu.Ha ! ma vieillottine Perrette !Que ne te tiens-je ores seulettePrès de quelque flot argentin,Or’ que l’archerot enfantin,De ses vo-volantes flammeches,R’innove, en mon sang mille breches,Et qu’en despit du froid, du temps,En songeant à toy je m’estends !Je sçaurois si hermaphroditeAvec verité tu esditte,Obtenant de ta grace ainsyCe don d’amoureuse mercy,Guerdon bien deu aux maux prolixes,Quetes yeux, mes planettes fixes,Depuis vingt ans fait souffrir m’ont,Assez pour escacher un mont.Helas ! il me souvient encore,O douce lampe que j’adore !D’une chanson dont vis à visDe ton guichet, à mon advis,Je te gringotay mon martyre ;La voicy, je la veux redire,Tant afin de ne l’oublierQue pour aux champs la publier :
Belle, qui dans un grabatSans rabat,Toute seule et toute nue,Estens à present ton corps,Si ne dors,Las ! oy ma desconvenue.
Oy le triste ver-coquinD’un mesquinSur qui Cupido s’acharne,Et pour obliger sou feuTant soit peu,Mets le chief à la lucarne.
C’est un pauvre adolescentInnocent,Feru droit à la poictrine,Lequel, sous ton bon plaisir,N’a desirQue d’embrasser ta doctrine.
Les garrots de tes regards,Doux-hagars,Dans son cœur leurs pointes fichentPlus avant, las ! que dans tonPelottonTes espingles ne se nichent.
Les cottrets qu’à la Sainct-Jean,D’an en an,Dedans la Greve on allume,Ne bruslent pas mieux que luy,Qu’aujourd’huyTon œil ard, grille et consume.
Et combien qu’il pleuve à flotsSur son dos,Qui n’en est pas beaucoup aise,Cet orage degoutant,Nonobstant,Ne peut esteindre sa braise.
Combien, dis-je, que la nuit,Sans nul bruit,De noires ombres le cerne,Ce feu fait que pour ses pas,Il n’a pasOres besoin de lanterne.
Il est pourtant si secret,Si discret,Que la clarté l’importune,Craignant d’estre reconnuEt tenuPour homme à bonne fortune.
Si dessus le lac amerDe la merIl estoit dans un navire ;Les rots qu’il lache pour toy,Que je croy,Luy serviroient de zephire.
Aussi les moulins à ventBien souventEn ont mis le grain en poudre,Et l’eau que pissent ses yeuxEn maints lieux,D’autres moulins a fait moudre.
Moins de poils a ton matou,Qui dort oùTu te reposes la teste,Qu’il n’a d’ennuis au cerveau,Le bon veau,Tant ta beauté le tempeste.
Las ! helas ! ô dur esmoy !C’est de moy,C’est de moy de qui je parle ;Si tu veux sçavoirmon nom ;Ma guenon,Je ne m’appelle point Charle.
Comme il alloit hurlant ces rimes,Ces beaux adieux farcis de crimesContre la langue et le mestier,Un puissant ribaud de chartier,Qui retournoit au Bourg-la-ReineCharrette vuide et pance pleine,Le rencontrant dans son chemin,En bourdican de Saint-Fremin,Termina ses sottes merveillesD’un coup de fouet par les oreilles,Et luy fist changer de discoursPour crier : A l’ayde ! au secours !Si quelqu’un icy veut entendrePar quel moyen j’ay peu l’apprendre,Puis que je ne m’y treuvay pas,Je n’ay qu’à luy dire en ce cas,Afin de l’oster de cervelle,En chantant la chanson nouvelleQui maintenant est en credit,Mon petit doigt me l’a dit.
656 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources