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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1659· Première partie.· Suite de la premiere partie des oeuvres Du sieur de saint-amant

La crevaille

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant· 75 vers

Qu’on m’apporte une bouteille,Qui d’une liqueur vermeilleSoit teinte jusqu’à l’orlet,Afin que soubs cette treilleMa soif la prenne au colet.

Il faut faire tabagye,Et celebrer une orgyeA ce Bromien divin,Luy presentant pour bougieUn hanap enflé de vin.

Lacquay, fringue bien ce verre ;Fay que l’esclair du tonnerreSoit moins flamboyant que luy :Ce sera le cimeterreDont j’esgorgeray l’ennuy.

Voyez le sang qui degoutte !Il est, il est en derouteCe lâche et sobre demon,Et je veux bien qu’on me berne,S’il n’en a dans le poulmon.

Sus donc, qu’on chante victoire,Et que ce grand mot d’à boire,Mette tant de pots à sec,Qu’une eternelle memoireS’en puisse exercer le bec.

Hurlons comme les MenadesCes airs qu’en leurs serenadesLes amoureux font ouyr,Au milieu des carbonnades,Ne sçauroient nous resjouyr.

Bacchus ayme le desordre,Il se plaist à voir l’un mordre,L’autre braire et grimasser,Et l’autre en fureur se tordre,Sous la rage de danser.

Il veut qu’icy de PanthéeLa mort soit representéeA la gloire du bouchon,Et qu’au lieu de cet athée,On demembre ce cochon.

Que dis-je ! ô que j’ay la veueDe jugement despourveue !Parbieu ! c’est un marcassin,Dont la trongne resolueNous morgue dans ce bassin.

A voir sa gueule fumante,Il m’est advis qu’il se vante,En grondant mille desfis,Que du sanglier d’Erymante,Il descend de pere en fils.

Il pourroit venir du diable,Avec sa mine effroyable ;Si se vera-t-il choqué,Et d’une ardeur incroyablePar nous defait et mocqué.

Ainsi, pour comble de joye,Du faux renard de SavoyePuissions-nous venir à bout,Et mieux qu’on ne fist à TroyeDans Thurin saccager tout.

Ainsi puisse en Italie,Avant qu’un avril r’allieL’espine et le rossignol,De tout point estre avilieLa fierté de l’Espagnol.

O que la desbauche est douce !Il faut qu’en faisant carrousseMa fluste en sonne le pris ;Et que sur Pegase en housse,Je la monstre aux beaux esprits.

Celui quy forgea ces rimesDont Bacchus fait tous les crimes,C’est le bon et digne Gros,Qui voudroit que les abîmesSe trouvassent dans les brocs.

75 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources