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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1659· Première partie.· Suite de la premiere partie des oeuvres Du sieur de saint-amant

Le soleil levant

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant· 156 vers

Jeune deesse au teint vermeil,Que l’Orient revereAurore, fille du Soleil,Qui nais devant ton pere,Vien soudain me rendre le jour,Pour voir l’objet de mon amour.

Certes, la nuict a trop duré ;Desja les cocqs t’appellent :Remonte sur ton char doré,Que les Heures attellent,Et viens montrer à tous les yeuxDe quel esmail tu peins les cieux.

Laisse ronfler ton vieux maryDessus l’oisive plume,Et pour plaire à ton favoryTes plus beaux feux rallume ;Il t’en conjure à haute voix,En menant son limier au bois.

Mouille promptement les gueretsD’une fraische rosée,Afin que la soif de CerèsEn puisse estre appaisée,Et fay qu’on voye en cent façonsPendre tes perles aux buissons.

Ha ! je te voy, douce clarté,Tu sois la bien venue :Je te voy, celeste beauté,Paroistre sur la nue,Et ton estoile en arrivantBlanchit les costaux du levant.

Le silence et le morne royDes visions funebresPrennent la fuite devant toyAvecque les tenebres,Et les hyboux qu’on oyt gemirS’en vont chercher place à dormir.

Mais, au contraire, les oyseauxQui charment les oreillesAccordent au doux bruit des eauxLeurs gorges nompareilles,Celebrans les divins apasDu grand astre qui suit tes pas.

La Lune, qui le voit venir,En est toute confuse ;Sa lueur, preste à se ternir,A nos yeux se refuse,Et son visage, à cet abord,Sent comme une espece de mort.

Le voilà sur notre horisonEn sa pointe premiere.O que l’Ethiope a raisonD’adorer sa lumiere !Et qu’il doit priser la couleurQui luy vient de cette chaleur !

C’est le dieu sensible aux humains,C’est l’œil de la nature ;Sans luy les œuvres de ses mainsNaistroient à l’advanture,Ou plustost on verroit perirTout ce qu’on voit croistre et fleurir.

Aussi pleine d’un sainct respect,Quand le jour se rallume,La Terre, à ce divin aspect,N’est qu’un autel qui fume,Et qui pousse en haut comme encensSes sacrifices innocens.

Au vif esclat de ses rayons,Flattés d’un gay zephire,Ces monts sur qui nous les voyonsSe changent en porphyre,Et sa splendeur fait de tout l’airUn long et gracieux esclair.

Bref, la nuict devant ses efforts,En ombres separée,Se cache derriere les corpsDe peur d’estre esclairée,Et diminue ou va croissant,Selon qu’il monte ou qu’il descent.

Le berger, l’ayant reveréA sa façon champestre,En un lieu frais et retiréSes brebis meine paistre ;Et se plaist à voir ce flambeauSi clair, si serain, et si beau.

L’aigle, dans une aire à l’escart,Estendant son plumage,L’observe d’un fixe regard,Et luy rend humble hommage,Comme au feu le plus animéDont son œil puisse estre charmé.

Le chevreuil solitaire et doux,Voyant sa clarté pureBriller sur les feuilles des houxEt dorer leur verdure,Sans nulle crainte de veneur,Tasche à luy faire quelque honneur.

Le cygne, joyeux de revoirSa renaissante flame,De qui tout semble recevoirChaque jour nouvelle ame,Voudroit, pour chanter ce plaisir,Que la Parque le vint saisir.

Le saulmon, dont au renouveauThetis est despourveue,Nage doucement à fleur d’eauPour jouir de sa veue,Et monstre au pescheur indigentSes riches escailles d’argent.

L’abeille, pour boire des pleurs,Sort de sa ruche aymée,Et va sucer l’ame des fleursDont la plaine est semée ;Puis de cet aliment du cielElle fait la cire et le miel.

Le gentil papillon la suitD’une aisle tremoussante,Et, voyant le soleil qui luit,Vole de plante en plante,Pour les advertir que le jourEn ce climat est de retour.

Là, dans nos jardins embellisDe mainte rare chose,Il porte de la part du lysUn baiser à la rose,Et semble, en messager discret,Luy dire un amoureux secret.

Au mesme temps, il semble à voirQu’en esveillant ses charmes,Ceste belle luy fait sçavoir,Le teint baigné de larmes,Quel ennuy la va consumantD’estre si loing de son amant.

Et mesme elle luy parle ainsiEn son muet langage :Helas ! je deviendray soucyAu mal-heur qui m’outrage,Si de ma fidelle amitiéMon fier destin ne prend pitié.

Amour, surmoy comme vaincœur,Exerce ses rapines,Et moins en mes bras qu’en mon cœurJe porte des espines ;Mais je ne vivray pas longtemps :C’est le seul bien où je m’attends.

Encore si, pour reconfort,Quelques beaux doigts me cueillentAvant que, par un triste sort,Tous mes honneurs s’effeuillent,Je n’auray rien à desirer,Et finiray sans murmurer.

Reyne des fleurs, apaise-toi :Voicy venir Sylvie,Qui t’apporte en elle de quoyContenter cette envie,Car sa main de lys a desseinDe te loger en son beau sein.

156 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources