Œuvres complètes, 1659· Première partie.
Sonnet
Doux tourment des esprits, amoureuse manieQui trouble mon repos avec tant de plaisir,Ne me donne jamais un moment de loisir ;J’aime bien à souffrir dessous ta tyrannie.
Rens en moy de ton feu la grandeur infinie,Et, gouvernant mes sens, dont tu te viens saisir,Fay que rien desormais ne vive en mon desirQue l’adorable objet de la chaste Uranie.
Au seul bruit de son nom parvenu jusqu’à moy,Mon ame luy consacre une eternelle foy,Sur qui l’honneur s’eleve et mon espoir se fonde.
Je l’aime sans la voir, comme on aime les dieux,Et tiens plus de l’Amour qu’homme qui soit au monde,Puis que non plus que luy je ne me sers point d’yeux.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources