Rimes familières, 1890· Poésies diverses
L’arbre
L’arbre, dont on fera des planches,Est vivant ; il lève ses branchesComme de grands bras vers les cieux ;Avec un murmure joyeuxIl agite son beau feuillageOù l’oiseau plus joyeux que sageEn chantant viendra se poser ;Il donne à la terre un baiserDe fraîcheur, dans la forêt sombre ;On n’oserait compter le nombreDe ses feuilles et de ses fleurs ;C’est une fête de couleursQuand sa verdure monotoneS’enrichit aux feux de l’automneDe pourpre et d’or ; dans ses ramures,La nuit, comme en des cheveluresOn voit briller les diamantsAux yeux éblouis des amants,Les constellations scintillent ;Des peuples d’insectes fourmillentSur lui, vivent de son sang clair,Pur et limpide comme l’airQui baigne sa cime orgueilleuse ;L’enfant, la fillette rieuse,Malgré son âge et son aspectAuguste, viennent sans respectCueillir avec des cris de joieSes fruits savoureux, douce proie !Il est la force et la beauté ;Il est la vie et la gaieté ;À l’hamadryade pareilleDans ses flancs se cache l’abeille…
La longue racine, sans bruit,Trace son chemin dans la nuit.Elle est l’obscure nourricière ;Tandis qu’inondé de lumièreL’arbre balance dans l’azurSon front verdoyant, d’un pas sûrElle s’enfonce dans la fange ;L’arbre chante et rit, elle mange ;La feuille respire, au soleilLa fleur ouvre son sein vermeil ;Mais la racine vit sans joie :Pour que l’arbre à nos yeux déploieTant de charmes et de splendeurs,Il faut qu’au monde des laideurs,De la pourriture fétide,Elle plonge, dans l’ombre humide.La froide limace, le ver,Toute une faune de l’enferRampe sur son écorce grise ;Elle s’insinue, elle briseLa pierre sous son lent effort ;Dans l’œil de la tête de mortElle enfonce ses radicellesSans hésiter ; elle est de cellesQui ne s’arrêtent devant rien ;Pour elle il n’est ni mal ni bien.
Oh ! Dans les rayons, les étoilesEt l’azur, à travers les voilesDes légers brouillards du matin,Admirez l’arbre, le satinDes feuilles, le velours des mousses,Le vert tendre des jeunes pousses ;D’un œil charmé voyez encorL’éclat des fleurs et des fruits d’or :Mais ne cherchez pas le mystèreDe la racine sous la terre !
Versification
- Forme
- 3 distiquess (distiques)
- Rimes
- 34((aa))
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 3 distiquess
- Mots à la rime
- a planches / branches féminine, classiqueb cieux / joyeux masculine, classiquec feuillage / sage féminine, classiqued poser / baiser masculine, classiquee sombre / nombre féminine, classiquef fleurs / couleurs masculine, classiqueg monotone / l’automne féminine, classiqueh ramures / chevelures féminine, classiquei diamants / amants masculine, classiquej scintillent / fourmillent féminine, classiquek clair / l’air masculine, classiquel orgueilleuse / rieuse féminine, classiquem aspect / respect masculine, classiquen joie / proie féminine, classiqueo beauté / gaieté masculine, classiquep pareille / l’abeille féminine, classiquea bruit / nuit masculine, classiqueb nourricière / lumière féminine, classiquec l’azur / sûr masculine, classiqued fange / mange féminine, classiquee soleil / vermeil masculine, classiquef joie / déploie féminine, classiqueg splendeurs / laideurs masculine, classiqueh fétide / humide féminine, classiquei ver / l’enfer masculine, classiquej grise / brise féminine, classiquek effort / mort masculine, classiquel radicelles / celles féminine, classiquem rien / bien masculine, classiquea étoiles / voiles féminine, classiqueb matin / satin masculine, classiquec mousses / pousses féminine, classiqued encor / d’or masculine, classiquee mystère / terre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes familières, Paris, Calmann Lévy, 1890· numérisation wikisource.org· Sources