Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Pensées d’août Octobre 1837
« Dans ce cabriolet de place j’examine »
. . . . . . . . . . . . . . . . . Nam cur
Quae laedunt oculos festinas demere : si quid
Est animum, differs curandi tempus in annum ?HORACE, Ép., II., liv. i.
Dans ce cabriolet de place j’examineL’homme qui me conduit, qui n’est plus que machine,Hideux, à barbe épaisse, à longs cheveux collés :Vice et vin et sommeil chargent ses yeux soûlés.Comment l’homme peut-il ainsi tomber ? pensais-je,Et je me reculais à l’autre coin du siège.— Mais Toi, qui vois si bien le mal à son dehors,La crapule poussée à l’abandon du corps,Comment tiens-tu ton âme au dedans ? Souvent pleineEt chargée, es-tu prompt à la mettre en haleine ?Le matin, plus soigneux que l’homme d’à-côté,La laves-tu du songe épais ? et dégoûté,Le soir, la laves-tu du jour gros de poussière ?Ne la laisses-tu pas sans baptême et prièreS’engourdir et croupir, comme ce conducteurDont l’immonde sourcil ne sent pas sa moiteur ?
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources