Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Notes et sonnets Faisant suite aux pensées d’août· Sonnets
I. De Ballaigues à orbe, jura
14 octobre.
Sur ce large versant, au dernier ciel d’automne,Les arbres étagés mêlent à mes regardsLes couleurs du déclin dans leurs mille hasards,Chacun différemment effeuillant sa couronne :
L’un, pâle et jaunissant ; amplement s’abandonne ;L’autre, au bois nu, mais vert, semble au matin de mars ;D’autres, près de mourir, dorent leurs fronts éparsD’un rouge glorieux dont tout ce deuil s’étonne.
Les sapins cependant, les mélèzes, les pins,D’un vert sombre, et groupés par places aux gradins,Regardent fixement ces défaillants ombrages,
Ces pâleurs, ces rougeurs, avant de se quitter…Et semblent des vieillards, qui, sachant les oragesEl voyant tout finir, sont tristes de rester.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources