Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Notes et sonnets Faisant suite aux pensées d’août
Port-royal des champs
À M. SAINTE-BEUVE À Port-Royal désert je suis allé revoir La place où, méditant la parole divine, Nicole s’asseyait, où, tant de fois, le soir, S’exhalèrent en pleurs les pensers de Racine. Et ces grands souvenirs sur une humble ruine M’ont fait prendre en mépris et notre vain savoir, Et les sentiers trompeurs où notre esprit s’obstine, Et pour nos pauvres vers l’orgueil de notre espoir. Toi qui les as connus ces graves solitaires, Qui sous l’herbe as cherché leurs traces toujours chères, Tu sais ce que leur vie eut d’austères douceurs. Ah ! dis-nous si ce monde aux volontés flottantes Vaut leurs bois embaumés, leurs sources jaillissantes, Et le bruit de nos pas le silence des leurs. ANTOINE DE LATOUR. Paris, 16 octobre.
Réponse À M. Antoine de Latour
Demande-moi plutôt, ô poëte sincère,Dans ta comparaison de notre vanitéAvec la vertu simple et la fidélitéDe ces cœurs qui cherchaient le seul bien nécessaire,
Demande-moi plutôt, en touchant ma misère,Si j’aurai rien pris d’eux pour l’avoir raconté,Si le signe fatal, en ce siècle vanté,N’est pas autour des saints cette étude trop chère,
Le plus stérile emploi s’il n’est le plus fécond,Le plus mortel au cœur s’il ne le change au fond :Regarder dans la foi comme au plus vain mirage ;
Se prendre à la ruine, et toujours repasser,Comme aux bords d’une Athène, à l’éternel rivage :Toucher toujours l’autel sans jamais l’embrasser !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources