Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Notes et sonnets Faisant suite aux pensées d’août
À mon ami F.-Z. (Collombet)
« Toujours je m’entête, malgré le miel qui
est au fond de vos vers, à me fâcher contre
cet alexandrin brisé… »(Lettre.)
Oui, cher Zénon, oui, ma lyre est bizarre,Je le sais trop ; d’un étrange compasElle est taillée, et ne s’arrondit pasD’un beau contour sous le bras du Pindare.
Le chant en sort à peine, et comme avare :Nul groupe heureux n’y marierait ses pas :Mais écoutez, et dites-vous tout basQuel son y gagne en sa douceur plus rare.
Demandez-vous si ce bois inégal,Ce fût boiteux qu’un coup d’œil juge mal,N’est pas voulu par la corde secrète,
Dernière corde, et que nul avant moiN’avait serrée et réduite à sa loi,Fibre arrachée au cœur seul du Poëte !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources