Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Pensées d’août Octobre 1837
Pour une mort…
POUR UN DÉPART
(La charmante madame G…, âgée de dix-neuf ans et demi, exigeait que je lui fisse des vers en épitaphe sur sa mort, et je lui ai fait ceux-ci qui s’appliquaient plutôt à son départ.)
Pleurez, oiseaux ! la jeune Tarentine,Une autre fois, a, pour l’algue marine,Quitté nos prés.Une dernière fois, la jeune Athénienne,En se jouant, a vogué vers Cyrène ;Pleurez !
Pleurez, oiseaux et colombes plaintives ;Et vous gaiement, abeilles, sur nos rivesNe murmurez !Celle qui vous suivait, celle dont fut la vieJoie et blancheur et murmure, est enfuie ;Pleurez !
Pleures, vous tous, que sa voix qui caresse,Son œil qui rit, tenait avec adresseDésespérés ;Sa perte à tous les cœurs épris de sa morsure,Sans plus de miel, va laisser la blessure ;Pleurez !
Et vous, Chanson, qu’elle appelait près d’elle,Et qui n’osiez qu’effleurer de votre aileSes fils dorés,Sous le lilas désert, où sa place est laissée,Soir et matin, fidèle à sa pensée,Pleurez !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources