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un seul est le mot juste.

Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Notes et sonnets Faisant suite aux pensées d’août

Réponse

Charles Augustin Sainte-Beuve· 44 vers

À SAINTE-BEUVE (M. Édouard Turquety ayant adressé à l’auteur les vers suivants, on se permet de les insérer ici, malgré ce qu’ils ont d’infiniment trop flatteur : les poëtes sont accoutumés, on le sait bien, à se dire de ces douceurs entre eux, sans que cela tire à conséquence.) Ami, pourquoi tant de silence ? Pourquoi t’obstiner à cacher L’hymne brillante qui s’élance De ton cœur prompt à s’épancher. Déserte pour un jour la prose ; Réveille, après un long sommeil, Ton doux vers plus frais que la rose Au premier baiser du soleil. Dis à l’oiseau de rouvrir l’aile : Laisse de sillon en sillon S’égarer la vive étincelle Que l’on nomme le papillon. Rends-nous ton chant rempli de flamme, Ton chant rival du rossignol ; Permets aux brises de ton âme De nous embaumer dans leur vol. Et, puisque tu le peux, ramène Auprès de nous l’aimable cours De la poétique fontaine Que tu voudrais céler toujours. Regarde : jamais dans ce monde L’horizon ne fut moins serein ; Jamais angoisse plus profonde Ne tourmenta le cœur humain. Les temps sont lourds, les temps nous pèsent ; Que devenir sous ces linceuls, Si les plus doux chanteurs se taisent, Ou ne chantent que pour eux seuls ? Si, dans la solitude aride, Qui n’a ni calme ni saveur, Il n’est pas un ruisseau limpide, Il n’est pas un palmier sauveur ? Oh ! viens, doux maître en rêverie, Viens reprendre ton beau concert : Ne reste pas, puisqu’on t’en prie, À t’épanouir au désert. Fleur odorante, fleur sonore, C’est trop te refermer ; tu dois À ceux qu’un ciel brûlant dévore Ton frais parfum, ta fraîche voix. Tu leur dois ton hymne hardie Plus suave de jour en jour, Et l’incessante mélodie De ton âme qui n’est qu’amour ! Édouard Turquety.

Mon cœur n’a plus rien de l’amour,Ma voix n’a rien de ce qui chante.Ton amitié me représenteCe qui s’est enfui sans retour.

Il est un jour aride et tristeOù meurt le rêve du bonheur ;Voltaire y devint ricaneur,Et moi, j’y deviens janséniste.

Ce qu’on appelle notre volNe va plus même en métaphore ;Nos regards n’aiment plus l’aurore,Et l’on tuerait le rossignol.

Oiseau, pourquoi cette allégresse,Orgueil et délices des nuits ?Ah ! ce ne sont plus mes ennuis,Que ceux où ton chant s’intéresse !

Soupir, espoir, tendre langueur,Attente sous l’ombre étoilée !Par degrés la lune éveilléeEmplit en silence le cœur.

Pour qui donc fleurissent ces roses,Si ce n’est pas pour les offrir ?Charmant rayon, autant mourir,Sans un doux front où tu te poses !

Tous les ruisseaux avec leurs voixQue sont-ils sans la voix qu’on aime ?Ce ne fut jamais pour lui-mêmeQue j’aimai l’ombrage des bois.

Dans les jardins ou les prairies,Le long des huis ou des sureaux,Devant l’ogive aux noirs barreaux,Comme au vieux chêne des féeries ;

Même sous l’orgue solennel,Au seuil de la chaste lumière,Même aux abords du sanctuaireOù toi, tu t’es choisi le ciel,

Dès l’enfance mon seul génieNe poursuivit qu’un seul désir :Un seul jour l’ai-je pu saisir ?Mais tout vieillit, l’âme est punie.

Et tes doux vers lus et relusN’ont fait qu’agiter mon mystère :Quoi donc ! aime-t-on sur la terre,Depuis que, nous, nous n’aimons plus ?

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources