Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Un dernier rêve
Sonnet
TRADUIT D’UHLAND
Deux jeunes filles, là, sur la colline, au soir,Sous le soleil couchant deux tiges élancées,Légères, le front nu, comme sœurs enlacées,S’appuyaient l’une à l’autre et venaient de s’asseoir.
L’une aux grands monts, au lac, éblouissant miroir,Du bras droit faisait signe, et disait ses pensées ;L’autre, vers l’horizon aux splendeurs abaissées,De sa main gauche au front se couvrait, pour mieux voir.
Et moi qui les voyais toutes deux… et chacune,Un moment j’eus désir : « Oh ! pourtant, près de l’uneÊtre assis ! » me disais-je ; et j’allais préférer.
Mais, regardant encor les deux sœurs sous le charme,Mon désir se confond, tout mon cœur se désarme :« Non, ce serait péché que de les séparer ! »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources