Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Notes et sonnets Faisant suite aux pensées d’août
Sonnet
À PHILOTHÉE
Pourquoi, dans l’amitié, vouloir donc que l’amiSe moule à notre esprit, en épouse l’idée,La tienne en tout pareille et sur tout point gardée,Sans que rien la dépasse et se joue à demi ?
Pourquoi, s’il doute encor, s’il est moins affermiEn tout ce qui n’est pas l’amitié décidée,Pourquoi, sans vous asseoir, toujours plus loin guidée,Le piquer dans son doute à l’endroit endormi ?
J’en sais qui, dès avril, sur l’arbre encor sauvage,Non pas indifférents, mais sans presser le gage,En respirent la fleur d’un cœur déjà content.
Et cette fleur, un jour peut-être, non hâtée,Comblera tous vos vœux, à belle Philothée !Comme un fruit mûr qui tombe au gazon qui l’attend.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources