Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Notes et sonnets Faisant suite aux pensées d’août
Sonnet
Un cœur jà mûr en un sein verdelet.RONSARD.
Ces jours derniers dans les airs, la NatureAvait encor je ne sais quelle aigreur,Qui sous l’éclat d’Avril, comme une erreur,Faisait obstacle à l’entière verdure.
Trop jeune cœur et beauté trop peu mûreSous leur soleil ont aussi leur verdeur :Pour l’adoucir et la fondre en ardeur,Que faut-il donc ? quelle heure est la plus sûre » ?
Mais, l’autre soir, un nuage expiréCède soudain : la Nature a pleuré,Et d’une pluie elle s’est attendrie ;
Le Printemps règne. — Ainsi, fière Beauté,Qu’un seul pleur tombe en ta jeune âpreté,Et ce n’est plus qu’amour et rêverie.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources