Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Notes et sonnets Faisant suite aux pensées d’août
Sonnet
IMITÉ DE JUSTIN KERNER
Le matin, en été, tout joyeux tu t’éveilles ;L’aurore a lui ; tu sors : te voilà par les prés ;La rosée à plaisir les a désaltérés ;Tu cours les papillons et tu suis les abeilles !
Et t’épanouissant aux faciles merveilles,Tu t’inquiètes peu si les cieux déchirésOnt versé, dès minuit, sur les champs dévorésDes larmes que l’aurore a refaites vermeilles.
Calme, heureux au matin, ainsi se montre un cœur.À ce front embelli, la flamme ou la langueurTe charme : sais-tu bien quelles nuits l’ont payée,
Quelles nuits sous l’orage, en pleurant ou priant !À ton regard léger le sien parait brillant :C’est qu’une larme amère est à peine essuyée !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources