Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Pensées d’août Octobre 1837
Sonnet
DE SAINTE THÉRÈSE À JÉSUS CRUCIFIÉ
Ce qui m’excite à t’aimer, Ô mon Dieu,Ce n’est pas l’heureux ciel que mon espoir devance,Ce qui m’excite à t’épargner l’offense,Ce n’est pas l’enfer sombre et l’horreur de son feu !
C’est toi, mon Dieu, toi par ton libre vœuCloué sur cette croix où t’atteint l’insolence :C’est ton saint corps sous l’épine et la lance,Où tous les aiguillons de la mort sont eu jeu.
Voilà ce qui m’éprend, et d’amour si suprême,Ô mon Dieu, que, sans ciel même, je t’aimerais ;Que, même sans enfer, encor je te craindrais !
Tu n’as rien à donner, mon Dieu, pour que je t’aime ;Car, si profond que soit mon espoir, en l’ôtant,Mon amour irait seul, et t’aimerait autant !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources