Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Les consolations (Mars 1830)
XXI. Sonnet
À BOULANGER.
Ami, ton dire est vrai ; les peintres, dont l’honneurLuit en tableaux sans nombre aux vieilles galeries,S’occupaient assez peu des hautes théories,Et savaient mal de l’art le côté raisonneur ;
Mais, comme dans son champ dès l’aube un moissonneur,En loyaux ouvriers, sur leurs toiles chériesIls travaillaient penchés, seuls et sans rêveries,Pour satisfaire à temps leur maître et leur seigneur.
Nous donc aussi, laissant nôtre âge et ses querelles,Et tant d’opinions s’accommoder entre elles,Cloîtrons-nous en notre œuvre et n’en sortons pour rien,
Afin que le Seigneur, notre invisible maître,Venu sans qu’on l’attende et se faisant connaître,Trouve tout à bon terme et nous dise : C’est bien.
Octobre 1829.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources