Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Les consolations (Mars 1830)
XXIV. Sonnet
À MADAME L.
Madame, vous avez jeunesse avec beauté,Un esprit délicat cher au cœur du Poëte,Un noble esprit viril, qui, portant haut la tête,Au plus fort de l’orage a toujours résisté ;
Aujourd’hui vous avez, sous un toit écarté,Laissant là pour jamais et le monde et la fête,Prés d’un époux chéri sur qui votre œil s’arrête,Le foyer domestique et la félicité ;
Et chaque fois qu’errant, las de ma destinée,Je viens, et que j’appuie à votre cheminéeMon front pesant, chargé de son nuage noir,
Je sens que s’abîmer en soi-même est folie ;Qu’il est des maux passés que le bonheur oublie,Et qu’en voulant on peut dès ici-bas s’asseoir.
8 février 1830.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources