Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Les consolations (Mars 1830)
XXIII. Sonnet
À V. H.
Votre génie est grand, Ami ; votre penserMonte, comme Élisée, au char vivant d’Élie ;Nous sommes devant vous comme un roseau qui plie.Votre souffle en passant pourrait nous renverser.
Mais vous prenez bien garde, Ami, de nous blesser ;Noble et tendre, jamais votre amitié n’oublieQu’un rien froisse souvent les cœurs et les délie ;Votre main sait chercher la nôtre et la presser.
Comme un guerrier de fer, un vaillant homme d’armes,S’il rencontre, gisant, un nourrisson en larmes,Il le met dans son casque et le porte en chemin.
Et de son gantelet le touche avec caresses :La nourrice serait moins habile aux tendresses ;La mère n’aurait pas une si douce main.
Octobre 1829.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources