Poésies de sainte-Beuve, 1829· Poésies
À m…
Ô vous qui, lorsque seul et la tête baisséeJe suivais mon chemin,Tout d’abord sur mon front avez lu ma pensée,Et m’avez pris la main ;
Dont l’amitié voudrait à mon âme souffranteSauver le poids des maux,Et rattacher mes jours, comme une vigne errante,À de meilleurs rameaux ;
Soit que je lève enfin, soit que je courbe encoreCe triste front jauni,Que ma nuit continue ou que vienne l’aurore,Ami, soyez béni !
Déjà s’enfuit de vous l’âge ardent, où les rêvesSont des éclairs de feu ;Votre âme, comme un lac enfermé dans ses grèves,Réfléchit un ciel bleu ;
Un ciel profond et bleu, plus d’une blanche étoileAux rayons pleins d’amour,Plus d’un monde inconnu, qui passe, et que nous voileCe qu’on nomme le jour.
Vivez ! votre parole a des douceurs qu’on aime ;Parlez de vérité ;Sage, parlez longtemps de justice suprême,D’éternelle beauté !
Que savez-vous du Ciel ? que devient l’âme en peineAu sortir des bas lieux ?Enseignez lentement, calme et tout d’une haleine,Immense, harmonieux !
Car, sur une montagne à l’Hymette pareille,Dormant un jour, dit-on,Vous eûtes, tout enfant, le baiser d’une abeille,Comme autrefois Platon.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources