Poésies de sainte-Beuve, 1829· Poésies
Espérance
À mon ami Ferdinand D….. (DENIS).
Ce soleil-ci n’est pas le véritable, je m’attends à mieux.DUCIS.
Quand le dernier reflet d’automneA fui du front chauve des bois ;Qu’aux champs la bise monotoneDepuis bien des jours siffle et tonne,Et qu’il a neigé bien des fois ;
Soudain une plus tiède haleineA-t-elle passé sous le ciel :Soudain, un matin, sur la plaine,De brumes et de glaçons pleine,Luit-il un rayon de dégel :
Au soleil, la neige s’exhale ;La glèbe se fond à son tour ;Et sous la brise matinale,Comme aux jours d’ardeur virginale,La terre s’enfle encor d’amour.
L’herbe, d’abord inaperçue,Reluit dans le sillon ouvert ;La sève aux vieux troncs monte et sue ;Aux flancs de la roche moussuePerce déjà le cresson vert.
Le lierre, après la neige blanche,Reparaît aux crêtes des murs ;Point de feuille, au bois, sur la branche ;Mais le suc en bourgeons s’épanche,Et les rameaux sont déjà mûrs.
Le sol rend l’onde qu’il recèle ;Et le torrent longtemps glacéAu front des collines ruisselle,Comme des pleurs aux yeux de celleDont le désespoir a passé.
Oiseaux, ne chantez pas l’aurore,L’aurore du printemps béni ;Fleurs, ne vous pressez pas d’éclore :Février a des jours encore,Oh ! non, l’hiver n’est pas fini.
Ainsi, dans l’humaine vieillesse,Non loin de l’éternel retour,La brume par moments nous laisse,Et notre œil, malgré sa faiblesse,Entrevoit comme un nouveau jour :
Étincelle pâle et lointaineDe soleils plus beaux et meilleurs,Reflet de l’ardente fontaine,Aurore vague, mais certaine,Du printemps qui commence ailleurs !
45 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources