Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
Imité d’ovide
De tous les dons du Ciel, de tout ce que la terreA de biens, vrais ou faux, qu’elle rend tour à tour,Gloire, grandeur, puissance, ou même étude austère,Ou même amitié chère,Je ne veux que l’Amour.
Je ne voulais que lui dans l’ardeur de jeunesse,À l’âge où tous les feux nous couronnent le front ;Quand l’orgueil du désir et sa haute promesseExaltaient toute ivresse,Lui seul était au fond.
Je ne rêvais que lui dans mes rêves d’enfance,Près des sureaux en fleur où rôdait mon ennui ;Loin des jeux, aux sentiers où le nid sans défenseJamais n’eut mon offense,Je ne rêvais que lui.
Je ne veux que l’Amour dans ses restes encore,Dans les débris épars des lilas défleuris,Quand m’a laissé le charme, et qu’à défaut d’auroreLe couchant seul coloreMes brouillards déjà gris.
Chacun a son destin qui tôt ou tard l’entraîne :C’est fureur ou génie, et quelquefois raison ;Alexandre a la coupe et la boit d’une haleine ;Un autre a la Syrène ;Tyrtée a sa chanson.
Moi, dès que le Printemps me point et me traverseAvec ses mille dards et ses langues de feu,Dès qu’il m’étale en chœur sa jeunesse diverseEt ses gaietés où perceUn seul et même jeu,
Quand tout renaît, je meurs ; Amour fait mon supplice ;La vieille et tendre plaie est prompte à se rouvrir ;Et je ne veux plus rien que le cruel délice,Rien qu’un dernier calicePour y boire et mourir.
35 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources