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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de sainte-Beuve, 1829· Poésies

L’attente

imité de schiller.

Charles Augustin Sainte-Beuve· 70 vers

La grille s’ouvre ! il est bien l’heure ;J’entends comme un verrou crier…Non ; c’est un jonc qu’un souffle effleure ;C’est la brise du soir qui pleureDans des branches de coudrier.

Oh ! pour mieux recevoir ma jeune bien-aimée,Feuillage, embellis-toi ; fleurissez, verts gazons ;Berceaux, pour mieux couvrir sa pudeur enflammée,En alcôve entr’ouvrez vos discrètes cloisons ;

Et quand son pied, pliant sous un beau corps qui penche,Cherchera son chemin jusqu’à moi qui l’attends,Longs rameaux, qu’au passage écarte sa main blanche,Jouez dans ses cheveux, sans l’arrêter longtemps !

Silence ! derrière la haieQui donc court si vite ? avançons !…Non, c’est un oiseau qui s’effraieEt s’enfuit, comme si l’orfraiePlanait d’en haut sur les buissons.

Jour, ton flambeau pâlit ; hâte-toi de l’éteindre !Vers d’autres horizons quand tu t’en es allé,La Nuit au ciel désert se glisse sans rien craindre,Silencieuse, en noir et le front étoilé.La confidence éclose à ta lueur si douce,Ô Nuit, loin des jaloux, fuit l’œil ardent du jour.Oh ! que ton astre seul, sur le tapis de mousse,Argente à nos fronts nus les rougeurs de l’amour !

Mais quoi ? l’on dirait qu’on appelle ;C’est comme sa voix qu’on entend…Non, pas encor… ce n’est pas elle ;C’est un cygne qui bal de l’aileEt qui fait des ronds dans l’étang.

Autour de moi dans l’air montent mille harmonies ;La cascade à deux pas murmure comme un chant ;Une dernière fois levant ses fleurs jaunies,La tige encor se tourne aux baisers du couchant ;Demi-voilée à l’œil la pêche veloutée,Ou sous le pampre vert la grappe au sein vermeil,Sourit en se cachant, pareille à Galatée ;Un vent humide arrose où passa le soleil.Pourtant la voici… Rien n’empêcheD’entendre son pas dans le bois.Non… ce n’est qu’une feuille sèche,Ou la poire mûre ou la pêcheQui tombe à terre de son poids.

La teinte du couchant de plus en plus s’efface ;L’aile du crépuscule en éteint les couleurs.La Lune, alors, ôtant le voile de sa face,Regarde sans témoins, se penche sur les fleurs,Telle une fiancée autour de sa corbeille ;Et la Terre, posant son beau front endormi,Semble une jeune épouse, et sous le ciel sommeille,Longs cheveux, seins épars, bras ployés à demi,

Mais dans la brume fantastiqueJ’ai vu sa robe d’un blanc pur…Non, c’est le marbre d’un portique.Une Pomone, un Mars antique,Sous les ifs au feuillage obscur.

Pourquoi battre si vite à ces folles idées,Mon cœur ? mon pauvre cœur, pourquoi t’enfler ainsi,Et dans mon sein bondir à vagues débordées ?J’ai beau regarder… rien… Je me dévore ici ;L’ombrage est sans fraîcheur… Oh ! pourvu qu’elle vienne !Oh ! seulement l’entendre ! oh ! seulement la voir !Seulement son soupir, ou sa main dans la mienne,Ou les plis de son schall qui flotte au vent du soir !

Et durant l’ardente prièreDéjà luisait l’heureux moment ;Car elle, arrivant par derrière,M’avait aperçu la première,Et couvrait de baisers l’amant.

70 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources