Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
VII. La boucle de cheveux
DONNÉE EN RETOUR D’AUTRES LETTRES RENDUES
Je ne regrette rien : ces lettres que je pleure,M’en voilà tout payé, bien plus riche à cette heure !Quoi ? tous ces souvenirs lentement amassés,Ces purs commencements que rien n’a dépassés,Et qui, par longs détours déroulant leur nuance,Au cœur qui les revoit n’ont laissé nulle offense ;Quoi ? ces bonjours charmants, mille fois variés,Ces gracieux appels l’un à l’autre liés,Ces demi-mots parlant au rêve du poëte,Où j’achevais le sens sous la page discrète ;Ces mots plus sérieux qui s’annonçaient d’abord,Écrits à certains soirs tout près d’un lit de mort,Et d’où, pour épurer ce qui tient à la terre,Un éclair m’arrivait du terrible mystère ;Ces bons propos souvent quand j’étais affligé,Cette plainte parfois si je semblais changé ;Mais surtout la douceur de ce courant que j’aime,Ce flot continuel, la belle âme elle-même ;Quoi ? tous ces chers trésors, à peine dévoilés,Voilà que je les perds, et vous m’en consolez !Même en les retirant, vous savez me les rendrePar le plus chaste gage et non pas le moins tendre ;Je les pleure, et pourtant je n’en regrette aucun :Je les respire là tous en un seul parfum,Ô cheveux odorants ! ô ma boucle adorée,Qu’elle noua longtemps sur sa tête sacrée ;Qui, dans ses belles nuits, dormait sous le réseau,Reployée à demi comme une aile d’oiseau,Et qui chaque matin, quand l’âme aussi se lève,S’échappait sur son front et caressait le rêve !Anneau léger, le nœud le plus sûr de sa foi !Feuille de l’arbre saint, cueillie exprès pour moi !
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources