Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
II. « Oh ! que son jeune cœur soit paisible et repose »
Oh ! que son jeune cœur soit paisible et repose,Que rien n’attriste plus ses yeux bleus obscurcis !Pour Elle le sourire ou les larmes sans cause !Pour moi les vrais soucis !
Pour moi le sacrifice et sa brûlante veille,Le silence et l’ennui de ne rien exprimer,Comme au novice amant qui croit que c’est merveilleQu’on puisse un jour l’aimer !
Pour moi, lorsqu’en passant son frais regard m’attireEt dit avec bonheur : Ami, ne viens-tu pas ?Pour moi, comme un fardeau, d’hésiter à lui direMon cœur et ses combats ;
De moins souvent mêler mon haleine à la sienne,Et le soir, à l’abri du monde et des rivaux,De n’oser éclairer sa tendresse ancienneÀ des rayons nouveaux !
Pour moi de ne plus lire à sa face pâlieLes signes orageux d’un céleste avenir !Pour Elle les trésors de la mélancolie,La paix du souvenir ;
Le bonheur souverain de gouverner une âme,De la sentir, à soi, muette, à son côté :Des gazons sous ses pas, et son pur front de femmeDans la sérénité ;
Un sommeil sans remords avec l’essaim fidèleEt les songes légers d’un amour sans effroi !Amour ! abeille d’or ! ô tout le miel pour Elle,Et l’aiguillon pour moi !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources