Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
III. Mercredi, 6 heures du soir, en face de la pièce d’eau
Mon âme est ce lac même où le soleil qui penche,Par un beau soir d’automne, envoie un feu mourant :Le flot frissonne à peine, et pas une aile blanche,Pas une rame au loin n’y joue en l’effleurant.
Tout dort, tout est tranquille, et le cristal limpide,En se refroidissant à l’air glacé des nuits,Sans écho, sans soupir, sans un pli qui le ride,Semble un miroir tout fait pour les pâles ennuis.
Mais ne sentez-vous pas, Madame, à son silence,À ses flots transparents de lui-même oubliés,À sa calme étendue où rien ne se balance,Le bonheur qu’il éprouve à se taire à vos pieds,
À réfléchir en paix le bien-aimé rivage,À le peindre plus pur en ne s’y mêlant pas,À ne rien perdre en soi de la divine imageDe Celle dont sans bruit il recueille les pas ?
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources