Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
Refrain
Désert du cœur, en ces longues soiréesQu’Automne amène à notre hiver sans fleur,Que vous avez de peines ignorées,De sourds appels, de plaintes égarées,Désert du cœur !
Dans la jeunesse, alors que tout commence,Avant d’aimer, l’impatiente ardeurS’en prend au sort et parle d’inclémence ;Alors aussi vous paraissez immense,Désert du cœur !
On veut l’amour ; on croit le Ciel barbare ;Tout l’avenir n’est qu’orage et rigueur ;Et l’on demande à l’horizon avareQuel infini du bonheur vous sépare,Désert du cœur !
Illusion ! Courez, Jeunesse franche ;Rien qu’à deux pas, c’est le buisson en fleur ;Plus de désert ! — Mais à l’âge où tout penche,Est-il encor buisson ou rose blanche,Désert du cœur ?
Lenteur amère ! attente inconsolée !Oh ! par de là ce sable au pli trompeur,N’est-il donc plus de secrète vallée,Quelque Vaucluse amoureuse et voilée,Désert du cœur ?
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources