Poésies de sainte-Beuve, 1829· Poésies
Rêverie
À mon ami V. P. (VICTOR PAVIE.)
Il est soir : la lune s’élanceSur son trône mystérieux ;Les astres roulent en silence ;Comme un lac immobile, immense,Mon âme réfléchit les cieux.
Dans les ondes de la pensée,Dans ce beau lac aux sables d’or,La voûte des cieux balancée
À mes yeux se peint, nuancéeDe couleurs plus molles encor.
Amoureux de la grande image,D’abord j’en jouis à loisir ;Bientôt désirant davantage,Poëte avide, enfant peu sage,J’étends la main pour la saisir.
Adieu soudain voûte étoilée,Blanche lumière, éclat si pur !Au sein de mon âme ébranlée,Phébé tremblante s’est voilée ;L’image a perdu son azur.
Phébé, ne voile plus ta face !Je renonce à mon fol espoir.Lors, par degrés, le flot s’efface,L’âme s’apaise, et sa surfaceDes cieux redevient le miroir.
Irai-je, pour saisir l’image,De l’onde encor troubler le cours ?Non ; mais penché sur le rivage,Puisque la nuit est sans nuage.Je veux rêver, rêver toujours.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources